Le tribunal de commerce valide le plan de continuation pour France Loisirs

Nicolas Gary - 01.12.2017

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L’ensemble du personnel a été averti la semaine passée : le groupe France Loisirs, après une longue année de travail et d’investissements, entre dans un processus de redressement judiciaire. La demande formulée d’un plan de continuation examinée et validée par le juge permettrait de gagner le temps nécessaire pour trouver un partenaire industriel, en mesure d’investir.

 

France Loisirs - Salon du Livre de Paris 2015
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

La décision du tribunal de commerce rendue ce 1er décembre valide donc le processus de redressement judiciaire, « en vue de la présentation par le dirigeant d’un plan de continuation », pour France Loisirs et les 4 filiales services. Cette décision est motivée par les mesures déjà prises qui montrent une amélioration de la situation, validation du changement de « business model » et par les souhait et motivation des salariés de poursuivre l’activité.

 

L’année 2017 fut douloureuse pour l’ensemble de la chaîne du livre, avec notamment une concentration des best-sellers durant la rentrée de septembre. Mais dans les faits, la levée de 20 millions recherchée par l’actuel PDG, Adrian Diaconu n’a pas abouti, mettant l’ensemble de la société dans une situation délicate. 

Le groupe Actissia (France Loisirs) appartenait au Groupe Bertelsmann jusqu’en 2011 quand il a été vendu au fonds américain Najafi. Depuis l’acquisition en 2011, le fonds n’a réalisé aucun investissement, a vendu des actifs stratégiques et sous la direction de l’ancienne équipe de management avait lancé une tentative de diversification vers les cosmétiques qui n’a pas rencontré de succès et a mis en péril le cœur de métier. 

Actissia supportait un crédit vendeur de Bertelsmann qui atteignait 58 millions € au 31 décembre 2014 et, les fonds propres étaient négatifs de plus de 30 millions €. « J'ai sauvé in extremis le groupe en 2015, reprenant le groupe Actissia et ses 2 500 salariés, en apurant le passif et reconstituant la situation de fonds propres, notamment par une injection significative de cash », contextualise Adrian Diaconu.

 

“Tout faire pour honorer les créances”


Pour France Loisirs, le chiffre d’affaires accuse le coup : 36 millions € de pertes – 166 millions € contre 202 millions € en 2015. Et le résultat négatif se creuse : 11 millions € de pertes contre 16 millions € en 2015. Chapitre.com affiche cependant une meilleure santé, relative : 1 million € de CA de mieux en 2016, avec 12,8 millions, mais un résultat net qui reste négatif – 411.000 € de déficit contre 1,49 million € en 2015. 

 

Depuis près de quatre ans, le groupe affiche des pertes régulières : en 2016, le chiffre d'affaires consolidé était de 217 millions €, et devrait avoisiner les 185 millions € pour l'année 2017.

 

Pour autant, assure le PDG, « la société n’a aujourd’hui plus de dettes. Notre déménagement a été réussi, et tout ce que nous avions annoncé a été mis en place ». Restent alors les retards fournisseurs. « Nous n’avons absolument pas l’intention de profiter d’un gel des créances pour nous refaire une santé, comme cela a pu être écrit. C’est totalement opposé à ma vision des choses. Justement, nous allons tout faire pour honorer les créances de nos partenaires. »  

 

Des créances importantes, reconnaît-il, « mais les éditeurs nous soutiennent. Nous avons besoin de ressources pour achever la transformation, mais à ce jour, notre base client est stabilisée, et les membres du club n’ont pas à s’inquiéter. ». 



Adrian Diaconu

 

Près de 200 éditeurs travaillent à ce jour avec France Loisirs, qui compte cinq sociétés en tout, et des filiales en Belgique, Suisse et Québec. Ces dernières sont cependant exclues de la procédure, assure Adrian Diaconu. « Depuis deux ans et demi, je suis parvenu à maintenir l’activité, pour que tout le business s’effectue correctement. En septembre, nous avons entamé la recherche d’un partenaire industriel. »
 

Économies, stratégie et déploiement de nouvelles offres


Le déploiement de l’offre multicanal – internet et magasins – reste au cœur de la stratégie à venir. La mise en place au cours du premier semestre de l’activité de marketplace de biens culturels, prenant appui sur la mécanique du Club, s’est notamment accompagnée d’un renouvellement de l’offre. 

 

« Dans un contexte où GfK annonçait 15 % de baisse des ventes pour le premier trimestre, stabilisé à 8 % pour le premier semestre, le Club France Loisirs aura montré une résistance relative, avec seulement 4 % de diminution du CA », indique Adrian Diaconu à ActuaLitté.

 

Par ailleurs, les actions engagées de développement des synergies entre les entités en mutualisant les forces des différentes marques du Groupe « ont démontré des premiers signaux très positifs, avec une contribution favorable à la performance commerciale attendue d’ici la fin de l’année ». Le lancement et intégration de l’offre Chapitre.ch et Chapitre.be en janvier 2017 ont favorablement contribué au panier moyen et à la rétention des membres. 

 

Ainsi, en Suisse l’entreprise a enregistré 17 % des commandes avec au moins 1 livre Chapitre et un panier supérieur de +13 % en valeur relativement pour ces membres. « En France, l’intégration de l’offre Chapitre.com sur le site France Loisirs est également en cours », note le PDG.


Au cours de l’année passée, un plan d’économie substantiel a pu être concrétisé, avec encore plus de 27 millions € attendus. En complément de la diversification de l’offre de produits – voyage, assurance, magazine, entre autres choses –, l’entreprise entend toucher un plus large public. « La vente de produits et services complémentaires au livre à la base de membres France Loisirs est une des sources majeures du potentiel de gains et de profitabilité du groupe », souligne-t-il.