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Le Vésuve en proie aux flammes : la mafia à l'origine des incendies

Victor De Sepausy - 20.07.2017

Edition - International - Italie incendies Naples - mafia incendies décharges - déchets Italie mafia


Depuis une dizaine de jours, le Vésuve est en feu : une série d’incendies, d’origine criminelle, a été déclenchée, obligeant les pompiers à travailler d’arrache-pied. Le volcan, situé à l’est de la ville de Naples est devenu le terrain de jeu de la camorra, l’organisation criminelle italienne. Et l'écrivain Roberto Saviano s’est lancé dans une explication criante de vérité.


Vesuvio
Le Vésuve - Alicus, CC BY SA 2.0 
 

 

Des milliers d’hectares de terrain ont déjà été calcinés, des champs d’olivier détruits… Le parc national du Vésuve est en flammes. Dans les images, on constatait encore ce week-end des incendies renouvelés. Pourquoi ? Parce que ce lieu sert de « décharges sauvages », et la stratégie de la Camorra est claire, estimait l’écrivain dans un post sur Facebook, le 12 juillet dernier.

 

En effet, ce qui brûle, ce sont ces décharges sauvages, installées à flanc du volcan, or, ces mêmes décharges sont gérées par l’organisation mafieuse, qui tire là une abondante source de revenus. 

 

Les incendier devient donc un calcul simple : brûler des terres constructibles poserait un problème structurel. En cas d’incendie, ces terres restent bloquées durant une période de 15 années. Par ailleurs, précise Saviano, la Camorra s’appuie sur cette menace de blocage des permis de construire pour opérer des campagnes de chantages : soit on paye, soit les flammes viennent ravager les espaces, et empêcher toute construction.

 

« Le feu est un élément important pour les organisations criminelles dans notre pays : les incendies sur le Vésuve sont les mêmes que ceux qui brûlent la Sicile, les mêmes que ceux des collines de Caserte, ou ceux des montagnes verdoyantes de Cilento, en proie aux flammes. » 

 

Et de poursuivre : « Le temps où l’on pouvait accuser un pyromane d’avoir déclenché un incendie est fini. Le temps des balles l’est aussi. » Une manière de préciser que les méthodes de la Camorra changent, pour adopter de nouvelles facettes.

 

 

 

« C’en est assez de l’incapacité des politiciens à répondre à ces situations d’urgence, et de l’ignorance dans laquelle le pays reste, ne souhaitant pas savoir qui est vraiment derrière ces catastrophes », concluait alors l’écrivain napolitain.

 

 

 

Cette méthode n’est d’ailleurs pas propre à la Camorra, qui officie strictement dans la région de Naples. Toutefois, d’autres départs de flammes violents ont été constatés dans le parc régional de Maremma (région du Latium, entre Rome et Naples). Les incendies déclenchés à Messine, en Calabre, seraient ainsi le fait de la 'Ndrangheta, mafia locale. Selon l’agence de presse Ansa, les interventions qui ont eu cours pour lutter contre les feux, entre le 10 et le 17 juillet, sont les plus importantes depuis dix années.

 

Pourtant, le gouvernement explique cette situation par une grave sécheresse, en premier lieu, avant de pointer une « épidémie, la plus sérieuse, d’incendies d’origine criminelle ». 



crédit Google Maps
 

 

Juste assez pour que Roberto Saviano reprenne la parole : ce 19 juillet, l’auteur remonte au créneau, pour dénoncer une hypocrisie globale dans le milieu politique. Les arguments avancés pour expliquer la situation feraient l’impasse sur « l’assainissement criminel par excellence par les flammes, de sites d’enfouissements [de déchets] ».
 

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Tout repose sur la spéculation et le chantage exercés, insiste-t-il, avant d’ajouter que « s’il y a des feux, c’est parce que le pays est à sa propre merci ». Et avec une rancœur non dissimulée de conclure que dans six mois, quand ces questions ne seront plus d’actualités, on trouvera des responsables mineurs. Mais il faudra se souvenir « de cette politique incompétente, toujours prête à tirer profit des malheurs et toujours peu disposée à répondre aux situations d’urgence ».

Extra pure. Voyage dans l'économie de la cocaïneRoberto Saviano, trad. Vincent Raynaud - Éditions Folio Gallimard – 9782070468577 – 8,20 €