Le viol vu comme une pornographie soft par un chrétien...

Clément Solym - 30.09.2010

Edition - Société - censure - viol - pornographie


Alors que se dessine la semaine de lutte contre la censure dans les bibliothèques américaines, une romancière, Judy Blume, vient de soulever un mouvement de protestation contre la campagne qui frappe le livre de Laurie Halse Anderson.

Les dangers de la censure sont connus, mis en exergue et pointés du doigt. « Priver les élèves de la possibilité de lire des oeuvres plonge leur développement affectif et intellectuel dans une position très désavantagée, à l'école et dans la vie », déplore le directeur de la National Coalition Against Censorshop. (notre actualitté)

Eh bien voilà pour lui du grain à moudre, s'il en était besoin. Wesley Scroggins, professeur de l'université d'État du Missouri, a obtenu une tribune dans le journal News Leader, évoquant le livre de Laurie, Speak. Il appelle les parents à s'impliquer pour contrer ce livre, « considéré comme de la pornographie soft ». Et d'ajouter : « Comment des hommes et des femmes chrétiens peuvent-ils exposer leurs enfants à une telle immoralité ? C'est inadmissible, étant donné que la plupart des membres de conseils scolaires et leurs administrateurs se déclarent chrétiens. »

Scroggins s'est déjà fait connaître pour avoir désavoué Kurt Vonnegut et son livre Slaughterhouse-Five, dans lequel on trouve le mot F*ck à chaque page, estime-t-il. Sans oublier les descriptions sexuelles permanentes, se souvient le Guardian.

D'accord. Mais qu'est-ce que le livre de Laurie lui a donc fait ? Eh bien il contient une scène de viol. Viol que notre professeur considère donc comme de la pornographie douce. Une chose inquiétante, souligne Laurie, « sinon horrible ». Et comment ! « Mais il y a pire, si c'est possible, alors qu'il dénature complètement l'ouvrage. » Et en guise de soutien, toute la communauté de Twitter a sorti un mot clef, #speakloudly, pour transmettre le mot. Et donner de la voix.

À ce titre, 350.000 personnes auraient vu ou suivi le message de censure, une importante mobilisation, alors que la situation empire du côté de notre professeur. « Comme si tout cela n'était pas suffisant, de nombreux lecteurs ont partagé leur histoire, celle d'êtres réduits au silence, d'avoir été abusés, de témoins, de chrétiens lassés de voir d'autres chrétiens invoquant la bible pour justifier la censure, et comment Speak a changé leur vie. »

Racontant le silence justement d'une jeune fille violée, Speak ne présente au contraire pas de vulgarité et moins encore d'attraits pornographiques, assurent les critiques. « Tout cela relève de la peur et de l'ignorance et en tant qu'écrivains, nous devons lever le voile de l'ignorance et de la peur », conclut Laurie. (son blog)