Lecture : comment le cerveau adhère à la fiction

Antoine Oury - 18.07.2013

Edition - Société - lecture - voyage en immersion - deux parties du cerveau


La période des lectures d'été, propice à la détente et à la découverte de nouveaux auteurs, soulève aussi des questions de fond quant aux mécanismes qui règlent cette activité. Melanie Green et Timothy Brock, de l'université de l'Ohio, se sont arrêtés sur l'engagement du lecteur pour la fiction qui l'occupe. Et détaillent la façon dont notre cerveau peut se convaincre de la véracité d'une histoire.

 


my brains - let me show you them

Liz Henry, CC BY-ND 2.0

 

 

Les deux chercheurs ont utilisé une échelle fictive de « transport » pour évaluer à quel point le cerveau pouvait s'engager dans la fiction : plusieurs éléments ont été pris en compte, comme le degré d'attention, la capacité à se projeter dans les événements racontés ou encore les convictions développées vis-à-vis de la fiction.

 

Les différentes expériences ont mis en avant le fait que la dose de « transport » augmente à mesure de l'identification du lecteur aux éléments de fiction : plus il sera capable d'imaginer l'action, plus sa capacité d'attention sera mobilisée pour le voyage. En somme, des destinations à géométries variables, et qu'il sera possible d'atteindre ou non selon les individus.

 

Jim Davies, professeur à l'Institut de Sciences Cognitives à l'université de Carleton (Ottawa) et directeur du laboratoire Science of Imagination, détaille de son côté les zones du cerveau mobilisées par la lecture. L'imagination guidée par le texte serait la résultante des parties les plus récentes du cerveau, l'organe ayant évolué chez l'être humain.

 

Les parties les plus anciennes, celles qui gèrent l'instinct de prédateur, les émotions et d'autres éléments cognitifs sont communs aux êtres humains comme aux animaux : à l'inverse, les parties les plus récentes se consacrent au raisonnement et à la réflexion. Ce sont elles qui permettent de décrypter et comprendre le texte, mais les parties les plus anciennes, elles, peuvent être totalement flouées par la fiction. 

 

Par défaut, et pour une simple question de survie optimisée, les anciennes parties du cerveau ont tendance à prendre les informations comme véridiques, ce qui permettait aux congénères d'une même espèce de s'entendre.

 

Le « transport » dans la fiction serait donc la résultante de l'activité de ces deux zones du cerveau, une sorte de synthèse d'approches contradictoires de la fiction.

 

 

(via Melville House Books)


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