Lecture et écriture ralentissent le développement de démence sénile

Nicolas Gary - 06.07.2013

Edition - Société - démence sénile - activité cérébrale - lecture et écriture


Et si exercer son cerveau régulièrement, avec des exercices mentaux, pouvait avoir une influence sur le déclin cognitif ? L'évidence même, pourrait-on croire, mais que la revue Neurology vient de démontrer avec la publication d'une étude de chercheurs. Selon eux, la lecture et l'écriture pratiquée durant sa vie ont effectivement une incidence sur le ramollissement de cerveau. 

 

 

Rembrandt Old Woman Reading 1625

orionpozo, CC BY 2.0

 

 

Leur étude porte sur 294 personnes, dont l'activité intellectuelle a été passée en revue. Prashanthi Vemuri, et Elizabeth C. Mormino, tous deux docteurs en philosophie travaillent à la clinique Mayo de Rochester, dans le Minnesota. Ils rappellent que la démence sénile, qui affecte une très grande proportion de personnes dans nos sociétés, a par ailleurs un coût très important, en termes de soins. D'autant que, s'il n'existe pas de traitement permettant d'enrayer la dégénérescence, le mode de vie exerce une très forte influence sur les risques de démence.

 

« Un facteur, dans le mode de vie, qui a démontré une capacité à retarder l'apparition de démence sénile passe par la pratique d'une activité cognitive stimulante, comme la lecture, l'écriture et le jeu. Cependant, les mécanismes par lesquels ces activités ont des effets protecteurs sur l'organisme sont encore peu clairs », expliquent les scientifiques. 

 

Les résultats de leurs recherches semblent bien indiquer qu'en fonction de l'activité cérébrale que l'on a pu avoir durant ses plus vertes années, on assiste à un ralentissement du déclin cognitif. Cependant, une activité cérébrale qui diminue avec le temps, peut justement être provoquée par la maladie d'Alzheimer, soulignent les chercheurs. 

 

« Nous avons prouvé pour la première fois que l'augmentation de l'activité cognitive va de pair avec une réduction du déclin mental, liée à une pathologie de type démence », assure le docteur Wilson. Leurs observations doivent encore être prises avec des pincettes, avant tout parce qu'il est impossible d'effectuer un essai clinique réellement significatif, et que l'activité professionnelle doit également être prise en compte. « Nos résultats suggèrent qu'il est tout de même une bonne idée de faire en sorte d'exercer son cerveau avec une activité cognitive quotidienne, si ce n'est pas déjà le cas. »

 

 

Si la pathologie ne peut pas être soignée,

il serait possible de rendre les gens plus résistants

en leur faisant pratiquer une activité cérébrale régulière

 

 

Les 294 personnes sondées pour cette étude avaient une moyenne d'âge de 80 ans. Certains avaient depuis longtemps une activité intellectuelle régulière, d'autres ne s'y étaient mis que récemment. En outre, la moitié avait développé une démence ou des troubles cognitifs légers, au cours des six dernières années. Tout a été passé en revue : écriture, lecture, jeux de puzzles ou de cartes, visite de musée. Et jusqu'à leur mort, en moyenne 5,8 ans après le début de l'étude, chacun a pris part à un test annuel. S'en est suivi une autopsie de leur cerveau.

 

Celles-ci ont permis aux scientifiques de constater que 14 % des différences dans le déclin mental pourrait être attribué à l'exercice intellectuel et de la quantité d'activités auxquelles les gens ont pris part. Un taux de déclin mental de 32 % a été constaté chez ceux qui avaient une activité régulière, contre un taux de 48 % de croissance de leur démence pour les autres. 

 

Le tôt de déclin cognitif était plus élevé dès lors que les personnes avaient une activité cognitive récente. « Je dirais que l'engagement dans des activités cérébrales est important à tous les stades de la vie », souligne le Dr Robert Wilson. Finalement, leur étude démontre que, si la pathologie ne peut pas être soignée, il serait possible de rendre les gens plus résistants de par ce type d'activité. La perte de connaissance qu'une maladie comme Alzheimer entraîne pourrait alors être retardée, si elle ne peut pas être évitée. 

  

Pour les hommes, le risque de développer une maladie d'Alzheimer est de10 %, et de 17 % pour les femmes. L'étude est disponible à cette adresse, après un paywall.

 

Terry Pratchett contre Alzheimer

 

 Dans le monde du livre, Terry Pratchett, qui a annoncé être atteint d'une forme rare de la maladie d'Alzheimer. Il a perdu la possibilité d'utiliser un clavier, et ne peut écrire que très peu avec un stylo. Au cours des dernières années, l'écrivain s'est engagé dans la lutte contre cette maladie, personnellement, mais également au niveau politique. En jkanvier 2012, Pratchett avait fait une donation d'un million de dollars à l'Alzheimer Research Trust.

 

Il s'est également beaucoup investi dans la légalisation de la mort assistée. Il avait auparavant formulé des propositions comme la mise en place de tribunaux spéciaux qui auraient le pouvoir d'autoriser les proches de malades incurables de les aider à mettre fin à leurs jours. De plus, c'est lui-même qui a instauré et financé la commission, ce qui avait déclenché de vives critiques. 

 

Cette commission recommande que la mort assistée soit légalisée pour une catégorie limitée de personnes atteintes de maladies mortelles. Mais de la recommandation à l'exécution, il y a un pas que la Grande-Bretagne ne semble pas prête à franchir. Le Premier ministre David Cameron et le gouvernement ont clairement fait savoir qu'ils s'opposaient à toute modification de la loi actuelle.