Lecture : Harry Potter aide les scientifiques à décrypter les actions du cerveau

Nicolas Gary - 29.11.2014

Edition - Société - Harry Potter - neurosciences cerveau - IRM scanner lecture


Harry Potter sert définitivement à tout, vient de démontrer un groupe de scientifiques de l'université Carnegie Mellon. Ces derniers se sont servi des ouvrages de JK Rowling pour tenter de mieux comprendre comment s'effectuent les connexions entre les mots et les phrases avec les idées, les représentations et les interprétations qui y sont associés. 

 


 

 

Dans la revue PLoS ONE, l'informaticien Tom Mitchell, président du département Machine Learning, constate que, quand une personne lit une histoire, différentes parties du cerveau mélangent l'ensemble de ces éléments dans le traitement de ce qui est en cours de lecture. Une belle évidence, mais que la science ne parvient toujours pas à comprendre.

 

Au fil des pages, le cerveau effectue en effet plusieurs traitements d'informations simultanément : grammaire, orthographe, avec le sens des mots, les références antérieures au texte, les rebondissements, les relations entre les personnages, et bien d'autres choses encore. Cet ensemble d'énergies déployées permet non seulement de reconnaître les signes, mais également de s'immerger dans le récit, et d'en ressentir les tensions.

 

Pour l'expérience, les chercheurs ont connecté huit cobayes à une IRM, lesquels avaient interdiction de bouger : durant 45 minutes, ils ont lu le chapitre 9 du premier tome d'Harry Potter, avec un scanner permanent de leur activité cérébrale. Ce dernier a été choisi parce qu'il apporte émotion et action – Potter se retrouve face à Draco Malfoy et rencontre le chien à trois têtes un peu plus loin. 

 

Seconde après seconde, les réactions du cerveau ont été analysées, pour aboutir à une représentation de l'activité, visant à décortiquer l'ensemble de l'activité cérébrale au cours de la lecture. La dynamique neuronale passée au crible, Tom Mitchell se réjouit de ce qu'il soit possible de monitorer tout ce qui se passe. « Non seulement où sont les neurones qui réagissent, mais également le type d'informations codées par ces différents neurones. »

 

Les interactions les plus complexes se dévoilent

 

Porter la recherche sur la lecture d'une histoire, plutôt que des mots isolés, ou des phrases seules, apporte donc une plus grande compréhension. Ce qui permet de déclarer que lire nécessite un effort particulièrement complexe de la part de notre cerveau. Par la suite, tout a été mis en corrélation : le nombre de lettres d'un mot avec les émotions suscitées, les scènes de description avec les structures syntaxiques. Et de complexes interactions se dévoilent.

 

Donc, ça, c'est ton cerveau quand tu lis Potter... Mais non, ça ne fait pas peur...

 

 

Par exemple, la région du cerveau qui traite le point de vue des personnages est également celle qui est utilisée pour percevoir les intentions cachées des personnes que nous rencontrons dans la vie réelle. Nous nous servons de cette partie pour interpréter visuellement les émotions des autres, et tenter de les déchiffrer. Ainsi, de même que l'on se laisse prendre selon les focalisations choisies par les écrivains, de même, nous nous appuyons sur des expériences, et pas seulement sur des concepts sémantiques, pour appréhender une personne. 

 

Une autre conclusion pointe que le cortex droit temporo-pariétal, situé à l'arrière du cerveau, s'active quand les lecteurs éprouvent de la peine. Or, cette région est associée à la mémoire verbale, et s'avère plus active chez les gens qui sont de grands lecteurs. 

 

Cette approche a été saluée comme l'une des plus importantes pour tenter de percer les mystères qui entourent la lecture – et surtout, pourrait avoir des répercussions dans les soins à apporter aux personnes dyslexiques. L'étude serait ainsi très prometteuse, puisqu'elle tend à identifier les forces à l'œuvre au moment de la lecture, dans la combinaison des différentes actions entreprises, pour relier le fonds, la forme et les émotions suscitées. 

 

La prochaine étape, pour les chercheurs, passera par une analyse similaire, avec des personnes atteintes de troubles de la lecture. Tom Mitchell s'était déjà fait remarquer, l'an passé, pour avoir choisi Harry Potter dans le cadre de ses recherches. En 2010, il avait créé un système informatique, le Never-Ending Language Learner, ou NELL, destiné à apprendre comment lisent les humains, de manière continue et cumulative. Avec pour perspective de parvenir à saisir comment le cerveau se représente la signification des mots. 

 

L'étude peut être consultée à cette adresse.