Lecture numérique au Brésil : l'histoire d'un Kindle dans le cockpit d'un avion

Nicolas Gary - 14.04.2015

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Si la croissance est encore limitée, tout est prêt pour que le livre numérique démarre au Brésil. Depuis le 5 décembre 2012, les différents acteurs se sont positionnés : Google, Kobo, Amazon, alors qu'Apple avait pris les devants, en octobre, commençant à commercialiser des ebooks en portugais. De son côté, Livraria Saraiva avait débuté en 2010 son offre. Aujourd'hui ? L'afflux est dense.

 

 

Christo Redentor

Disposé à embrasser l'ère numérique du livre ?

Stefano Olmi, CC BY NC SA 2.0

 

 

Entre 2012 et fin 013, l'offre d'ebooks a explosé : + 400 % avec des ventes qui pesaient pour 2,5 % du chiffre d'affaires de l'édition. Les attentes de 2014 furent à la hauteur de ces promesses, mais seuls 3,5 % des ventes furent numériques. On s'interroge alors, mais sans affolement.

 

Avec 30 % du marché allant à Amazon, 25 % à Apple, et 20 % à Saraiva, le trio de tête est posé ; Google et Kobo récupèrent 15 % et 5 %, respectivement. Et s'il y a des miettes encore, les concurrents pourront se les partager. 

 

En parallèle, 9,5 millions de tablettes ont été commercialisées en 2014 et 47 millions de smartphones. De quoi laisser envisager que les choses se structurent, évidemment. Android possèdent 90 % de parts de marché, mais, dans tous les cas, les possesseurs d'appareils iOS disposent de plus de pouvoir d'achat. Paradoxe, entre autres.

 

Si aucune offre à destination des bibliothèques n'existe, parce qu'OverDrive ne s'est pas encore passionné pour le marché du livre portugais, le consortium Distribuidora de Livros Digitais travaille dur. Réunissant sept grands éditeurs brésiliens, il parvient à cadrer les négociations, empêchant Amazon de proposer plus de 5 % à 10 % de remises sur leurs catalogues. Mais son réseau de distribution est encore restreint. 

 

Comme nous l'avions souligné, l'absence – et pas faute de discussions – d'une loi fixant clairement la politique commerciale du livre au Brésil pose de sérieux problèmes. Le marché décide alors des allers et venues. Un obstacle au développement, puisque, pour le livre numérique, les conditions sont juste un peu plus complexes dans ce cas. La légalité même du contrat d'agence, envisagé, est loin de faire totalement l'unanimité. 

 

Le dernier problème qui se pose, passe par l'éducation : les éditeurs scolaires, ne voyant pas le marché décoller, n'investissent en ressources scolaires numériques. CQFD : de la poule ou de l'œuf, l'important est que tout le monde se regarde dans le jaune des œufs. Or, le gouvernement représente 25 % du chiffre d'affaires de ce secteur – par les acquisitions d'ouvrages. 

 

Tout cela n'a rien d'impossible à dépasser, bien entendu : des progrès lents ne signifient en rien que le marché ne se met pas en place pour autant. 

 

Après tout, il faut voir dans cette anecdote, une certaine image du marché brésilien. Le 22 mai dernier, un Boeing 737 avait atterri à Santos Dumont, de Rio de Janeiro. Doté d'une piste très courte, et connu pour cela, l'aéroport oblige à freiner brutalement. Cette fois-ci, le pilote a déclaré : « Chers passagers, un appareil Kindle a glissé à l'avant de l'avion lors de notre atterrissage. S'il vous plaît, vérifiez s'il s'agit du vôtre. » (via Publishers Weekly)