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Lecture publique : comment les bibliothèques s'adressent aux publics empêchés

Antoine Oury - 25.01.2017

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Le Crédoc, Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie, a été sollicité par la Direction générale des médias et des industries culturelles pour recenser et évaluer les initiatives en faveur d'une lecture publique plus inclusive et tournée vers les publics empêchés. Bilan et pistes d'amélioration.

 

Handicap-Accessible Parking(Shawn Campbell, CC BY 2.0)

 

 

La loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine était, de l'avis des intéressés et des associations spécialisées, un grand pas pour améliorer l'accessibilité aux œuvres écrites. L'article 33 précisait ainsi la fonction centrale de la Bibliothèque nationale de France, où les ouvrages doivent être déposés dans des formats « facilitant la production de documents adaptés ». Très bien, mais qu'en est-il de la politique d'accessibilité pour la lecture publique ?

 

C'est ce que l'étude du Crédoc examine en considérant les publics empêchés — terme qui « désigne les personnes handicapées, les individus placés sous main de justice et les personnes en établissements publics de santé (hôpitaux, centres d’accueil et de soins, etc.) » — et l'accueil qui leur est réservé dans les bibliothèques municipales, intercommunales et départementales. 

 

443 bibliothèques municipales, desservant plus de 10.000 habitants et 38 bibliothèques départementales de prêt ont répondu aux sollicitations de Nelly Guisse, Sandra Hoibian, Sophie Lautié et Colette Maes, auteures de l'étude.

 

Moyens humains et formation nécessaires

 

Premier constat, les établissements se sont largement emparés de la question, et « près de neuf BM sur dix et les trois quarts des BDP » proposent une offre de lecture adaptée avec au moins une action, soit sur place, soit avec portage à domicile, soit par un dépôt chez des partenaires. Les portages de documents, pour les personnes en situation de handicap, sont les plus fréquents, tandis que la proximité avec des établissements de santé ou des établissements pénitentiaires fait beaucoup pour la mise en place d'actions à destination de ces publics, le plus souvent du prêt ou du dépôt de documents.

 

 

Sans surprise, des actions qui mobilisent plus de moyens, comme la lecture à voix haute, sont tout de suite plus rares : « Les difficultés mises en avant relèvent avant tout d’un manque de moyens humains (manque de temps pour un personnel déjà fortement mobilisé pour d’autres actions, ou manque de compétences) », signale l'étude. L'argent n'est pas forcément ce qu'il manque le plus : les actions mobilisent en moyenne 0,4 ETP, soit deux journées d'un agent par semaine, et c'est bien du personnel qu'il manque.

 

Par ailleurs, les établissements réclament une formation plus suivie des personnels aux actions à destination des publics empêchés. La mise en place de ces actions coûte en moyenne moins de 1 000 € par an, « ce montant représentant moins de 2 % du budget total de fonctionnement des BM dans plus de sept cas sur dix ».

 

Bien entendu, les plus petits établissements ne peuvent pas mettre en place d'actions spécifiques, par manque de budget et de personnel. Mais les difficultés relatives à l'identification des besoins des populations sont aussi mises en avant pour justifier l'absence d'actions. 

 

 

De manière générale, le Crédoc signale que les actions sont peu formalisées (par des conventions, au mieux) et peu suivies : peu de bilans, pas d'état de lieux des moyens humains ou financiers nécessaires... Autrement dit, les initiatives peuvent s'interrompre du jour au lendemain.

 

15 établissements ont ensuite été interrogés par le Crédoc pour une évaluation qualitative de leurs actions : pour commencer, les répondants soulignent que le soutien politique de la collectivité est un facteur déterminant pour la réussite des actions, et, surtout, leur pérennité. Encore une fois, l'absence de formation spécifique menace cette pérennité en faisant reposer les actions sur des volontés individuelles uniquement.

 

L'étude du Crédoc, dont la synthèse est disponible ci-dessous, propose d'autres conseils pour la mise en place d'actions à destination des publics empêchés, ainsi qu'un exemple de convention partenariale également disponible ci-dessous.