Lecture publique : James Patterson demande l'aide... d'Amazon

Antoine Oury - 20.11.2014

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Le monde aurait-il changé de sens dans sa révolution ? L'écrivain James Patterson, régulièrement présenté comme le défenseur des librairies indépendantes et le pourfendeur d'Amazon, vient de demander l'aide de Jeff Bezos pour la promotion de la lecture. Évidemment, le tout est tourné de manière un peu plus subtile, mais Patterson se retrouve à donner des conseils pour vendre plus de Kindle. Un peu comme si Batman aidait le Joker à braquer une banque en comptant sur lui pour partager avec les enfants.

 


Sunday Afternoon

Et se retrouver autour d'un café ? (Brandon Grasley, CC BY 2.0)

 

 

James Patterson s'engage régulièrement pour la lecture, dans les médias ou dans des actions concrètes. L'homme irrigue ainsi le terrain asséché des librairies indépendantes, aux États-Unis ou au Royaume-Uni, à l'aide de sa fortune personnelle. Début novembre, il faisait ainsi état de 130.000 £ distribuées, auprès de 73 revendeurs britanniques.

 

Mais Patterson n'arrête pas son approche de la lecture à une simple campagne anti-Amazon. Interrogé par Salon Magazine sur ses idées pour remettre le livre au centre de la société, l'écrivain américain a lancé un appel à un allié inattendu. « En ce moment, on dénombre environ 30 % de personnes en moins dans les librairies, et cela inclut nombre de parents, de grand-parents, et autres. Les enfants ne lisent pas sur tablettes. La transition ne s'est pas faite. Ils ne lisent pas de livres numériques. »

 

Il a demandé à Barack Obama qu'il fasse de la lecture une priorité nationale, et quand un pareil écrivain à succès s'adresse au président des États-Unis, même ce dernier doit avoir du mal à ne pas l'écouter. Pourtant, Patterson n'a que peu confiance en ce président libéral, qui ne lui paraît pas très intéressé par la question de la lecture. Et contrairement à l'Europe et ses gouvernements, il ne protégerait pas suffisamment les éditeurs et le livre.

 

Patterson voudrait une campagne, avec des messages forts : un autodafé, rien que cela, pour marquer les esprits. « Nous n'avons jamais eu si peu de librairies. Nos enfants n'ont jamais si peu lu », alors pas question de parler juste de symbolique. Cet autodafé, c'est un véritable état de fait : la société américaine est en train de brûler littéralement cette immense ressource. 

 

Un constat amer, quand le numérique a plutôt profité à deux autres loisirs concurrents, la musique et le cinéma, sans évoquer les jeux vidéo. « Ce qu'il se passe dans un tiers des foyers aujourd'hui, c'est que les enfants ne lisent plus. Les parents ne vont plus en librairie, mais ils ont adopté la lecture numérique, sans en faire profiter le reste de leur famille », explique l'auteur à succès.

 

« Ce que j'ai dit à Jeff Bezos est d'éduquer véritablement les usagers du Kindle : premièrement, il est normal d'en avoir plusieurs dans un foyer, comme chacun a son téléphone portable, et deuxièmement, ce n'est pas un problème si les enfants achètent une douzaine de livres numériques par an », conseille James Patterson au PDG d'Amazon.

 

En fait, Bezos y a effectivement pensé : la dernière mise à jour Kindle propose la 'Family Library' (« Bibliothèque familiale ») qui permet à deux adultes de « lier » leur compte Kindle, et de créer jusqu'à 4 comptes enfant par adulte, avec les restrictions d'accès souhaitées.