Lecture publique : la redevance, une “absurdité symbolique” pour la rue de Valois

Nicolas Gary - 12.01.2018

Edition - Economie - redevance lecture publique - bibliothèques redevance SCELF - heure conte taxe


EXCLUSIF – En marge de la conférence de presse autour de la Nuit de la Lecture – événement prévu ce 20 janvier – le ministère de la Culture a tenté d’apporter quelques précisions sur un sujet brûlant. La ministre s’est exprimée, répétant que « le principe de la gratuité de la lecture publique est essentiel ». Mais dans les faits, plusieurs bibliothèques ont déjà reçu des factures, pour avoir lu des livres à des enfants...


Françoise Nyssen
Françoise Nyssen - ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

« Je suis opposée à la perception de droits sur les lectures en public », a assuré Françoise Nyssen durant la conférence de presse. Mais la ministre se retrouve plutôt embarrassée quand on l’interroge sur les moyens dont dispose le ministère pour empêcher la SCELF de sévir. La Société Civile des Editeurs de Langue Française souhaite en effet imposer une redevance aux établissements de prêts – mais pas seulement – pour la lecture de livres.

 

Si « la promotion de la lecture est un enjeu démocratique. C’est ma responsabilité, c’est notre responsabilité », affirme la ministre. Sollicitée sur cette fameuse et déplorable redevance, Françoise Nyssen admet que « la redevance est certes demandée », mais garantit qu’aucun versement n’a été effectué : tant mieux, mais comment faire pour empêcher la SCELF de nuire ? 

 


 

La ministre restera muette quand on lui souligne que la Société s’appuie d’ailleurs sur un article du Code de la propriété intellectuelle pour légitimer son action. Les bibliothèques sont exonérées de cette redevance – exceptionnellement – à l’occasion de la Nuit de la Lecture : le reste du temps, sont-elles hors la loi si elles ne s’acquittent pas des sommes réclamées ? Silence gêné...

 

Elle assure cependant que ses services sont en contact avec la SCELF et que l’on discute de ce point délicat. « Les acteurs privés ont leur droit et leurs prérogatives. C’est à eux d’ajouter la façon dont ils entendent faire valoir leur droit », nous précise-t-on loin des micros. « Si les éditeurs comprennent qu’une position de principe n’a pas de sens symboliquement et politiquement, dans le contexte où l’on se trouve alors il peuvent retrouver leur bon sens. »

 

Nuit de la lecture : les bibliothèques françaises
devenues des criminelles ?

 

On fera passer le message. « Ils ne peuvent de toute manière pas aller jusqu’au bout de ce qu’ils avaient envisagé jusqu’à maintenant », poursuit notre interlocuteur. Pourtant, oui, on reconnaît que des courriers ont été envoyés aux bibliothèques, et des factures, « mais à cette heure, nous ne sommes pas informés de mesures de recouvrement ». 

 


 

Le débat n’en serait donc qu’au niveau « du papier et du droit : dans ce cas, des juristes peuvent s’exprimer. Mais ensuite, on arrive à un moment où l’absurdité symbolique apparaît – et la raison va l’emporter ». Là, le doute s’immisce : depuis 2016 que la SACD, alors en charge du dossier – et qui n’avait pas osé se lancer dans cette perception – a cédé la place à la SCELF, celle-ci ne semble pas disposée à en prendre conscience.

 

Quant au Syndicat National de l’Edition, ainsi que ActuaLitté l’a rapporté, il se retrouve « avec des positions partagées : certains membres ne sont pas défavorables à cette redevance », déplorait une proche du dossier. Pour le ministère, « il n’y aurait pas de sens à renoncer au droit d’auteur, mais, dans sa mise en œuvre, on doit faire preuve de mesure ».

 

Daniel Pennac : “Faire payer la lecture publique, c'est non !”
 

À ce titre, la parole de la ministre, durant, la conférence de presse « n’est pas anodine ». Elle devient même urgente : lors du salon du livre de Montreuil en 2016, alors que l’affaire venait d’être révélée, tout un chacun pensait que le soufflé retomberait. « Nous avons été étonnés de voir que mi-2017, le truc continuait de vivre », affirme-t-on rue de Valois.

 

Certes, certains cas de figure et certains établissements sont conçus pour accueillir des lectures publiques, dans le cadre de représentation – de spectacle. On pense notamment à la Maison de la poésie, dont l’excellente programmation est pleinement reconnue. « Il faut aider et soutenir ces lieux, certes, mais il est moins absurde de considérer qu’ils puissent s’acquitter de la redevance. »

 

Et de conclure : « Des bibliothèques qui font des lectures de contes, ce n’est certainement pas leur vocation que de payer pour cela. » Toutefois, si la ministre a pris position pour la lecture publique vis-à-vis des bibliothèques, elle n'a rien dit pour les lectures d'oeuvres par les auteurs mêmes. Le dossier n'est pas bouclé...

 

 

 

Retrouver le Dossier : La SCELF face à la lecture publique, la redevance qui indigne


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