Leonardo Oyola "quelqu'un qui raconte une histoire dans un bar"

Nicolas Gary - 04.07.2013

Edition - Les maisons - Leonardo Oyola - polar suédois - Argentine


En partenariat avec les éditions Points, ActuaLitté met à l'honneur des polars, estampillés et garantis 100 % pas suédois. Des romans noirs, venus du monde entier, et qui permettent de « quitter la Suède le temps d'un meurtre ou deux ». Aujourd'hui, entretien avec Leonardo Oyola est né à Buenos Aires en 1973. Il collabore actuellement à l'édition argentine du magazine Rolling Stone. Chamamé a reçu le prix Dashiell Hammett de la Semana Negra, qui récompense le meilleur roman noir écrit en langue espagnole.

 

 

 

 

Que pensez-vous de la «mode» du polar suédois?

Je ne sais pas si on peut appeler cela une mode. Je préfère parler de « découverte », par respect pour le travail de mes collègues suédois. Ces romans me paraissent différents des miens. D'abord, bien sûr, à cause du cadre dans lequel se déroule l'action, l'espace géographique lui-même. Mais aussi parce qu'ils décrivent des sociétés [NDLR : la Suède et l'Argentine] dont les histoires et les réalités sont très différentes.

 

Partir de ce qui est spécifique à chaque peuple pour ensuite atteindre une dimension humaine universelle, je crois que c'est ce qu'il y a de plus fascinant dans les romans policiers.

 

 

Vous travaillez pour Rolling Stone et la culture US (à travers le Rock) a une place de choix dans votre livre. Comment envisagez-vous le mélange de deux cultures très différentes ? Comment cela a-t-il contribué à enrichir ce livre? 

 

J'ai vécu mon enfance sous la dictature militaire. La télévision de cette période-là diffusait sur la majorité des chaînes uniquement des séries télévisées. Beaucoup d'entre elles étaient déjà anciennes à cette époque. Surtout celles sur le Far West.

 

Cet imaginaire, qui coïncidait justement avec le lieu où j'ai été élevé, connu comme l'Ouest en Amérique du Sud, m'a marqué. Nous allions danser avec des bottes texanes aux pieds. On n'écoutait pas encore de façon massive la « cumbia » (NDLR : danse colombienne devenue populaire dans les années 90) comme aujourd'hui. J'ai grandi en écoutant le trio sacré de Creedence, Johnny Rivers et les Rolling Stones. Quand je commence à écrire, et que je me souviens de la personne que j'étais et de ce qui me poussait à vivre à l'époque, tous ces éléments sont présents.

 

 

A propos du livre

Perro et le Pasteur Noé sont deux pirates de la route. Ensemble, ils font des affaires pas très légales et écument les prisons argentines. Jusqu'à ce que le Pasteur Noé trahisse leur pacte. Perro n'a alors plus qu'une idée en tête : retrouver son ex-complice et lui régler son compte. C'est le début d'une chasse à l'homme sanglante aux frontières du Brésil, de l'Argentine et du Paraguay.

Vous êtes plutôt Stieg Larsson ou Raymond Chandler?

J'aime beaucoup Jim Thompson. Comme tout le monde, en principe, j'ai eu ma période Raymond Chandler et Dashiell Hammett. Mais après, je me suis entiché des œuvres plutôt que de leurs auteurs. Des textes comme On achève bien les chevauxPersonne bougeIl gèle en enfer… Un personnage comme le Mandrake du roman Le Grand Art de Rubem fonseca… J'aime le premier tome de la trilogie Millenium. Parmi les romanciers contemporains, mes livres de chevets du moment sont ceux de John Connolly, Jake Arnott et Don Winslow.

 

 

Quand il n'est pas question de polar, qu'est-ce que vous lisez?

Je lis énormément les auteurs qui émergent en Argentine en ce moment. Je trouve que c'est une grande chance pour moi d'appartenir à ce milieu et d'avoir pu découvrir d'autres écrivains que j'admire beaucoup, de les croiser et par conséquent de discuter avec eux de leurs univers, du mien, de la façon dont ils travaillent, etc.

 

 

© Markus Rico

 

 

Le polar est un genre qui connaît un grand succès depuis longtemps. Comment expliquez-vous cet engouement?

Les amours ne s'expliquent pas. Elles se vivent. Et pour elles, on fait ce qu'on a à faire.

 

 

Comment fait-on pour s'inscrire dans un genre où la concurrence est aussi rude?

Les jeunes qui, tristement, tombent dans la délinquance, ont un dicton : « Ne pense pas, fais-le ! ». Moi, j'écris. Je ne pense pas en termes de concurrence. Déjà parce que ça m'empêcherait d'entrer en contact avec mon univers au moment d'écrire. Et surtout, je me demande quel type d'écrivain je serais si je mesurais la qualité de mes histoires à l'aune de la concurrence ? Si je les mettais en compétition avec celles des autres ? Si quelqu'un se consacre à l'écriture en pensant comme ça, je pense qu'il n'y arrivera jamais.

 

Enfin, que diriez-vous à nos lecteurs pour présenter votre ouvrage Chamamé ?

Que je suis simplement quelqu'un qui raconte une histoire dans un bar de bon matin. Partageant un verre et une chanson. J'espère que nous la danserons ensemble.