Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les 100.000 exemplaires : "une économie qui se décide de plus en plus tôt"

Clément Solym - 02.09.2012

Edition - Librairies - tirages - rentrée littéraire - exemplaires


Cette année, la rentrée ne sera donc pas riche en jeunes premiers, mais sur les 646 nouveaux romans et autres publications du moment, certains tirages défraient la chronique. Ainsi, pas moins de 60 titres voient la vie en grand, avec plus de 100.000 exemplaires, en guise de premier tirage. 

 

 

Librairie Longtemps, XIXe (Paris)

 

 

L'aventure Titeuf et son million d'exemplaires, nous avions déjà eu l'occasion d'en parler la semaine passée, fait figure d'extraterrestre. N'oublions cependant pas qu'en 2008, le tirage pour le précédent volume s'élevait à 1,8 million d'exemplaires. (voir notre actualitté) Mais pour rester dans les romans, ils sont nombreux à franchir une barre toute symbolique. 

 

Les ténors des tables

 

Parmi eux, on comptera assurément sur Amélie Nothomb, pour qui Albin Michel a mis les petits plats dans les grands : 200.000 exemplaires, mais qui font tout de même passer la romancière belge derrière... Cinquante nuances de Grey, chez Lattès, le roman-trilogie phénomène de cette année 2012, souligne l'AFP. Après avoir explosé les dizaines de millions d'exemplaires, en papier comme en numérique, le premier opus, à paraître le 17 octobre, devrait faire fort.

 

D'ailleurs, pour la rentrée 2011, le livre Tuer le père, d'Amélie Nothomb, avait également été tiré à 200.000 exemplaires. A ses côtés, Eric Emmanuel-Schmitt passait la barre des 120.000.

 

Dans le même domaine, toujours pour une maison du groupe Hachette : la sortie du prochain Rowling, chez Grasset, prévu pour le 28 septembre. Cette fois, aucune communication. Tout est verrouillé sévèrement, mais nul doute que l'on aura droit à quelque chose de bien volumineux. Toutefois, certaines sources n'hésitent pas à parler de 400, voire 500.000 exemplaires...

 

Autre auteur chez Albin à profiter d'une certaine dose de confiance : Jean-Christophe Grangé, qui sort Kaïken, également à 200.000 exemplaires. 

 

Mention spéciale et quasi-palme accordée à Harlan Coben : le bonhomme publie trois titres, avec un volume chez Fleuve noir et Pocket jeunesse, respectivement 90 et 30.000 exemplaires, accompagnés d'un dernier, chez Pocket Jeunesse cette fois, tiré à 250.000 exemplaires, Remède mortel.   

 

"C'est toute une économie qui se décide de plus en plus tôt."

 

Chez les libraires indépendants, un tel déploiement de communication sur des chiffres volumineux dévoile, avant tout, une volonté de tranquiliser toute la chaîne. On annonce, de manière rassurante, que dans le contexte global de crise, le livre se porte bien. À la librairie Longtemps, située dans le XXe arrondissement de Paris, on sourit un peu : « C'est évidemment pour montrer que le livre papier n'est pas mort, que la littérature reste toujours forte. Bien entendu, dans les grandes surfaces culturelles ou les centres commerciaux, c'est important. Mais nettement moins pour les indépendants. »

 

La déesse des petites victoires

La déesse des petites victoires 

dans notre librairie, avec Decitre

Mais il faut avant tout comprendre l'économie du livre dans ces circonstances. Ainsi, le livre d'Olivier Adam, publié chez Flammarion, est annoncé à 70.000. « C'est un calcul qui se fait des mois auparavant ! Les services de presse arrivent chez les journalistes en mai, et les attachées de presse travaillent pour obtenir des exclusivités et des papiers. En fonction des retombées presse, des interviews - et dans le cas d'une exclu, on s'attend surtout à ce que le livre soit au moins bien présenté -, les éditeurs vont adapter les tirages. C'est toute une économie qui se décide de plus en plus tôt. »

 

Le jeu de la prudence

 

Le cas d'Adam serait symptomatique : avec 30.000 exemplaires de plus, mais un premier papier assassin, et de mauvaise presse, l'éditeur n'aurait eu qu'à s'asseoir sur les ventes, se serait retrouvé avec des milliers de titres à pilonner, et aurait probablement dû faire une croix sur l'un ou l'autre des prix littéraires. À l'inverse, le titre La déesse des petites victoires, chez Anne Carrère, un titre dont la librairie est convaincue du succès à venir, va aller de retirage en retirage, avec un premier tirage de 20 ou 30.000 exemplaires, peut-être. Et ce n'est que progressivement que le livre grapillera des ventes et d'autres encore.

 

« C'est tout un jeu de prudence, entre ce que l'on obtiendra de la presse, qui permet d'avoir quelques repères, mais également les demandes des librairies, pour les mises en place. Les libraires reçoivent les ouvrages après les journalistes, et établissent leurs demandes en conséquence. En fonction du nombre de précommandes, l'éditeur ajuste sa fenêtre de tir.Tout cela relève d'un ensemble de paramètres... dont aucun n'est assuré. »

 

Des cent-millénaires, à foison, donc... mais gare à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf.