Les académiciens du Nobel aux côtés de Salman Rushdie, 27 ans après

Joséphine Leroy - 24.03.2016

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Dans Les Versets Sataniques, des prostituées rêvent de devenir les femmes du prophète Mahomet. Exposer une telle scène dans un roman avait valu à l’écrivain indien Salman Rushdie une menace de mort de la part des islamistes. Cette épée de Damoclès avait obligé l’écrivain à s’exiler en Angleterre. L'Académie du Nobel prend officiellement la défense de l'écrivain, 27 ans après le début de la fatwa engagée contre ce dernier.​

 

Salman Rushdie at the Asia Society

Salman Rushdie

(Asia Society / CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

L'Académie suédoise fustige la « condamnation à mort prononcée pour châtier une création littéraire » dans une tribune publiée par le quotidien suédois Dagens Nyheter, rapporte l'AFP. Le secrétaire perpétuel de l’Académie, Thomas Riad, poursuit en ce sens : « L’indépendance de la littérature vis-à-vis du contrôle politique est impérieuse pour la civilisation et doit être préservée des attaques des partisans de la vengeance et de la censure. » 

 

Pourtant, en 1989, les académiciens s’étaient abstenus parce que divisés sur l’affaire Rushdie, les uns exprimant un soutien inaliénable à l’auteur et les autres se portant garants de la neutralité du cénacle. L’abstention avait conduit 3 membres de l’Académie à en quitter les bancs (Kerstin Ekman, Lars Gyllensten et Werner Aspenström) sans qu’ils puissent pour autant démissionner, la démission n’étant pas inscrite dans les statuts de l’Académie. 

 

La violence de cette traque politico-religieuse est de plus en plus reconnue, dans le monde littéraire comme dans le monde politique. Cette reconnaissance publique résulte peut-être de plusieurs événements.

 

En octobre 2015, à Francfort, l’Iran avait décidé de boycotter la Foire du livre pour les raisons suivantes : la présence de l’écrivain en tant qu’invité d’honneur et le fait qu'il soit chargé du discours inaugural. Et, fin février, la chasse à l’homme avait franchi un nouveau cap : des médias iraniens offraient 600.000 $ pour la mort de l’écrivain. Les 600.000 $ s’ajoutaient aux 2,8 millions $ déjà proposés. L'horreur avait gagné en valeur et les académiciens le reconnaissent probablement. 

 

Et même un ancien responsable politique indien a récemment changé de discours. En 2015, l’ancien ministre indien Palaniappan Chidambaram avait déclenché une polémique en reconnaissant que l’interdiction des Versets Sataniques, en cours depuis 1988, n’était pas une bonne chose. Il s’opposait ainsi au gouvernement de Rajiv Gandhi, dans lequel il occupait le poste de ministre de l’Intérieur. Salman Rushdie avait pointé du doigt l'aspect quelque peu tardif d'une telle déclaration.

 

Mais, ce jeudi 24 mars, il remercie l'Académie du Nobel : 

 

 

« Je voudrais remercier l’Académie suédoise. J’exprime une vive reconnaissance pour sa déclaration. » 


Pour approfondir

Editeur : Gallimard
Genre : litterature...
Total pages : 752
Traducteur :
ISBN : 9782070437122

Les versets sataniques

de Salman Rushdie (Auteur)

Un jumbo jet explose au-dessus de la Manche.Au milieu de membres humains éparpillés et d'objets non identifiés, deux silhouettes improbables tombent du ciel : Gibreel Farishta, le légendaire acteur indien, et Saladin Chamcha, l'Homme aux Mille Voix. Agrippés l'un à l'autre, ils atterrissent sains et saufs sur une plage anglaise enneigée. Gibreel et Saladin ont été choisis pour être les protagonistes de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal.

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