Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Les actionnaires de Sauramps lancent une offre “désespérée et surréaliste”

Nicolas Gary - 03.03.2017

Edition - Librairies - librairies Sauramps vente - Benoît Bougerol libraire - Montpellier librairies vente


EXCLUSIF – Ce 3 mars, le tribunal de commerce de Montpellier doit recevoir l’offre de reprise revue et corrigée, pour le rachat des librairies Sauramps. Le projet de Matthieu de Montchalin n’avait manifestement pas convaincu le juge. Et de toute évidence, les propriétaires cherchent une alternative.

 

Montpellier, Place de la Comédie

Peter, CC BY 2.0

 

 

Dans un document signé du 1er mars, et dont ActuaLitté a pris connaissance, les trois actionnaires personnes physiques (hors ADELC), ont pris contact avec... Benoît Bougerol. Le libraire avait manifesté son intérêt pour la reprise des établissements, avant de retirer son offre, le 17 janvier dernier.

 

Dans leur courrier, Jean-Marie Sevestre, Jean-Luc Bonnet et Caroline Wodiczko expliquent en effet s’être réunis, « dans la perspective de l’audience qui interviendra », justement ce 3 mars à 10 heures.

 

Les trois actionnaires ont constaté « que dans le délai fixé par le mandataire ad hoc, (le 27/02/2017) Monsieur Matthieu de Montchalin n’a pas apporté les justifications de sa capacité à pouvoir assurer tant le financement de son projet de reprise que la réalité formelle des cessions de titres envisagés avec une partie des actionnaires du groupe Mosaique ».

 

Sauramps : "Y’a-t-il eu une offre ferme, ou s’agit-il d’une simple lettre d’intention ?" 

 

Ils décident alors de soumettre une offre « en exclusivité », reposant sur les propositions formulées par Benoît Bougerol. Il s’agit précisément de :

 

• acquisition des titres de la société Mosaique, ainsi que les actions détenues dans les sociétés filiales pour 180.000 €

• convention de GAP (gestion actifs-passifs), plafonnée à 90.000 €.

 

Et d’assurer qu’un crédit serait consenti à la hauteur de 850.000 € par un organisme bancaire — à condition que la holding de Benoît Bougerol, Hokmah, réitère son apport de 800.000 €. De même, l’ADELC et le CNL seraient disposés à engager entre 600.000 et 1 million €.

 

« Le présent courrier marque une évolution nette de la part des 3 actionnaires soussignés, en faveur de votre offre initiale, dans un contexte marqué par un accompagnement favorable de la part des partenaires du groupe », soulignent-ils. La réponse devait être fournie par Benoît Bougerol ce 2 mars.

 

Retournement de situation... et de veste ?

 

Dans un courrier daté du 17 janvier, Benoît Bougerol n’avait pas caché son agacement devant le comportement tant des actionnaires que du repreneur. « Nous avons un sentiment amer d’être instrumentalisés de manière inacceptable », écrivait-il. Et de souligner que la volonté « quasi déclarée de la majorité des actionnaires de ne pas accepter notre offre, malgré nos prises de risques, ne peut pas nous permettre de continuer dans ce processus ».

 

Au cours des derniers temps, le repreneur officiel, Matthieu de Montchalin avait fait preuve d’une certaine discrétion dans la presse. Un silence étonnant, alors même que, durant le mois de janvier, ses interventions laissaient clairement entendre que la reprise de Sauramps était plus qu’actée. Sollicité, Matthieu de Montchalin n'a d'ailleurs pas donné suite à nos demandes de précisions.

 

Joint par téléphone, Benoît Bougerol nous confirme avoir répondu par la négative à cette proposition « surréaliste et désespérée. Mais désespérée surtout parce qu’il n’y a plus d’alternative autre que le dépôt de bilan ».

 

"Des dégâts monstrueux"

 

Un proche du dossier ajoute : « Le comportement de chacun a provoqué des dégâts monstrueux. La vente a été instrumentalisée, même auprès des éditeurs, et 140 salariés sont victimes d’une attitude irresponsable. On parle tout de même du président du Syndicat de la librairie française. »

 

Récemment, une réunion s’est également déroulée avec les personnels, exposant que le flux de commande allait être minimisé dans le courant de la semaine prochaine – celle 6 mars . Avec l’échéance de fin mars viendra le risque de la cessation de paiement. La possibilité du dépôt de bilan devient presque inéluctable.

 

Pour certains, l'attitude du repreneur et du propriétaire laissait envisager « un passage en force sans présenter plus de documents », et l’excès de discrétion visait avant tout à « gagner du temps ». On expliquait ainsi à ActuaLitté que Jean-Marie Sevestre et Matthieu de Montchalin « imaginent que le président choisira leur “projet” même s’il est pas abouti, plutôt qu’un redressement judiciaire ».

 

D’autres, plus acerbes, posent les questions qui fâchent : « Le ci-devant président des libraires est-il mythomane ? Le patron de Sauramps s’est-il dupé lui-même ? Croient-ils qu’après avoir jeté l’autre repreneur celui-ci va faire le pompier de service ? Le syndicat des patrons libraires s’est déshonoré... Qu’ils rendent leurs Légions d’honneur ! »

 

Or, la différence majeure et essentielle entre le projet de reprise de Montchalin et le redressement se limitait aux sommes que les actionnaires allaient recevoir dans le premier cas – et qui leur échapperaient évidemment en cas de redressement. Selon les différentes estimations, le coût de la reprise des établissements Sauramps se chiffre entre 2,5 et 4 millions €.

 

Le bilan 2016 des quatre sociétés – la holding Mosaique, Sauramps et Cie, en centre-ville de Montpellier, Sauramps Odysseum et la librairie d’Ales – affiche 25 millions € de chiffre d’affaires, avec des pertes de 239.000 €. Contre 26,8 millions € en 2015 et près de 211.000 € de pertes.