Les agents littéraires français ont désormais leur syndicat

Antoine Oury - 15.03.2016

Edition - Société - agents littéraires français - Alliance des Agents Littéraires - AALF syndicat


Il est rare que l’on évoque les agents littéraires pour les associer avec l’édition française : longtemps, le marché français a cru, ou fait croire, qu’il pouvait se passer de ses acteurs de la chaîne du livre. En réalité, ils sont parmi nous : Laure Pécher, de l’Agence littéraire Astier-Pécher, nous présente aujourd’hui le premier syndicat d’agents littéraires français, l’Alliance des agents littéraires français, dont elle est la présidente. 

 

MCCC Contract Signing

(photo d'illustration, masshighered, CC BY-NC 2.0)

 

 

Onze agents littéraires de huit agences se sont réunis pour créer l'Alliance ALF, soit Alliance des Agents Littéraires Français : « Les missions du syndicat seront de fédérer les agents pour une meilleure visibilité de la profession et une représentation optimale des auteurs et des éditeurs, d'assurer un dialogue constant avec les syndicats d'auteurs, d'éditeurs, de producteurs, ainsi qu'avec les institutions nationales et internationales, de former auteurs et agents sur des questions techniques, d'assurer une présence internationale accrue des auteurs et éditeurs représentés », signale leur communiqué, disponible en fin d'article.

 

La première étape, pour remplir ces missions, sera la rédaction d'une charte déontologique pour préciser le métier d'agent. Il s'agira de la première du genre, en France : « Il n'y a pas encore de tentative de définition de l'agent littéraire, de qui l'est, de qui ne l'est pas » nous précise Laure Pécher. « Il faudra également préciser des clauses déontologiques entre agents, et évidemment à l'égard des auteurs et des éditeurs. Nous y aborderons également la rémunération, en somme tout ce qui est habituel à une charte déontologique. » À ce titre, rappelons qu'un agent n'est jamais rémunéré par la maison d'édition, mais toujours avec un pourcentage sur les droits d'auteur, sauf, évidemment, s'il est mandaté par un éditeur.

 

La première distinction, importante, sera donc étymologique : « Un “apporteur de projets” n'est par exemple pas un agent : en général, ils sont rémunérés par l'éditeur pour rabattre des talents, et sont souvent un peu éditeurs, puisqu'ils travaillent aussi le texte et sont rémunérés à la fois par l'auteur et la maison d'édition. Nous n'avons rien contre, mais il faut distinguer les deux métiers », explique Laure Pécher.

 

Améliorer la visibilité d'un métier de plus en plus important

 

La charte déontologique permettra ainsi de définir qui pourra rejoindre le syndicat : « Il faudra apporter un mandat de représentation d'un auteur, d'un éditeur ou d'un autre agent. » En effet, les agents littéraires ne sont pas réservés qu'aux seuls auteurs : les agents d'éditeurs, qui peuvent s'occuper des droits de traduction au sein des maisons ou des cessions de droits pour les adaptations, pourront eux aussi rejoindre le syndicat. Aujourd’hui, 2 cessions de droits sur 3 sont réalisées par l’entremise d’un agent, nous signale Laure Pécher.

 

À terme, les subagents, autrement dit les agents d’agents, seront eux aussi intégrés dans le syndicat : particulièrement présents outre-Atlantique, ils représentent sur un territoire donné une ou plusieurs importantes agences internationales.

 

Comme le remarque le communiqué de presse de l’Alliance des Agents Littéraires Français, « globalisation des échanges », « multiplication des exploitations possibles d’un texte » et « dynamisation des marchés » réclament de plus en plus souvent la présence d’un agent littéraire. La création d’un syndicat vise donc aussi à faciliter le dialogue avec le milieu de l’édition, même si celui-ci est beaucoup plus simple qu’avant.

 

En effet, « nous avons constaté un énorme changement : au départ, les éditeurs expliquaient aux auteurs qu’il ne fallait pas prendre d’agent, mais nous demandaient qu’on leur apporte des projets et des auteurs. Pour la jeune génération d’éditeur, il n’y a plus aucune barrière pour travailler avec nous. »

 

Le syndicat poursuivra également les interventions dans les masters d’édition pour informer les étudiants sur le métier d’agent : ce dernier ne dispose pas de formation spécifique, mais « on devient agent après plusieurs années de travail dans l’édition, et pas vraiment en sortant de la fac », précise Laure Pécher. Cela dit, évoquer le métier permet aussi d’ouvrir les formations à l’international, ce qui reste « une lacune » pour de nombreuses formations. 

 

  Communiqué de presse Alliance ALF