Les auteurs américains indépendants s'unissent

Clément Solym - 08.02.2012

Edition - International - auteur - indépendant - autopublication


L'ancienne agent littéraire et auteure autopubliée Orna Nass n'a pas vraiment la tête d'une keupon. Elle vient pourtant de promouvoir le fameux « Do It Yourself » des affreux en créant la Society of Independent Authors, un organisme à but non-lucratif qui va défendre les intérêts des auteurs qui se débrouillent tout seuls.


Dans quelques semaines, les écrivains édités à compte d'auteur pourront compter sur un nouvel allié dans leur quête d'autonomie et d'indépendance. Probablement rompue aux exigences du métier d'éditeur (ex-agent littéraire à Dublin, publiée à deux reprises chez Penguin, convertie depuis à l'autopublication), Orna Ross a déjà fixé les grandes lignes de son projet : « Nous parlerons au nom des auteurs indépendants, et nous établirons des liens avec des libraires, des grossistes, des agents et des éditeurs traditionnels afin qu'ils aient une idée de nos besoins créatifs. »

 

 

La créatrice de l'Alliance of Independent Authors espère que celle-ci pourra accueillir 500 membres, de toute nationalité, dès sa première année d'existence, en leur proposant une aide juridique en ligne et des conseils relatifs aux contrats via une lettre d'information. Un rendez-vous mensuel sera instauré pour rencontrer les autres membres de l'alliance. Ces chevaliers de l'autonomie se retrouveront normalement lors d'une biennale des auteurs indépendants, financée par les cotisations des adhérents.

 

« Dans le passé, l'auteur était une mine d'or à exploiter, mais son indépendance fait de l'éditeur un partenaire » poursuit Ross, remontée contre la figure toute puissante et traditionnelle de l'éditeur, sans exclure toutefois de possibles collaborations. Un jeu sur les deux tableaux qui fait doucement rigoler Ellie Robins, éditeur de Melville House sur le site éponyme : « si Ross croit sincèrement que l'autoédition est le futur du secteur, pourquoi tenter d'inclure les éditeurs "traditionnels" dans l'équation ? Peut-être avons-nous encore quelque chose à offrir ? » Un réseau de distribution et de diffusion dense et organisé, sûrement, même si la confidentialité ne semble plus la condition sine qua non de l'autoédition : le Digital Book World a ainsi consacré un panel entier aux succès des auteurs indés. (voir notre actualitté)

 

Dans le monde des lettres anglophones, plusieurs structures existent déjà, parmi lesquelles l'Indie Writers Alliance, l'Association of Independent Authors ou la National Association of Independent Authors and Editors (qui réunit éditeurs et auteurs indépendants). La nouvelle venue sur le marché a d'ailleurs dû changer son nom suite à une demande de la renommée Society of Authors, qui craignait la confusion.

 

En 2011, 764000 ouvrages ont été autopubliés, d'après une étude menée par R.R. Bowker. En France, le chiffre reste difficilement quantifiable, puisque la plupart des ouvrages ne passent pas par le dépôt légal. Toutefois, on estime que la production de livres autoédités serait 100 fois inférieure à celle des États-Unis : ce qui explique l'absence d'offre en matière d'association d'auteurs indépendants. La Société des Gens de Lettre n'accepte que les auteurs publiés à compte d'éditeurs, et les quelques associations présentes sur le Web n'ont pas répondu à nos appels.

 

L'indépendance est un combat qui se mène souvent en solitaire...