Les auteurs américains réclament un droit de prêt pour les bibliothèques

Nicolas Gary - 17.01.2019

Edition - Economie - auteurs pauvreté livres - droit prêt public - bibliothèques auteurs lecteurs


Le droit de prêt, réclamé par les auteurs de l’Authors Guild, voilà qui jette un fameux pavé dans la mare. En regard des sommes ponctionnées aux bibliothèques pour la constitution d’un catalogue d’ebooks, les auteurs souhaitent leur part du gâteau. Et améliorer quelque peu leur situation économique.

Homeless in New Orleans
Olivier Blanchard, CC BY ND 2.0
 

C’est le président de l’AG, James Gleick, qui prend la parole. Revenant sur l’étude qui détaillait la précarisation croissante depuis 10 ans des auteurs, il pointe que des solutions doivent être trouvées. 
 

Un modèle instauré dans 35 pays


En effet, le revenu médian des écrivains a considérablement baissé entre 2009 et 2017. Il atteint en moyenne, pour toutes les activités relatives à l’écriture des auteurs publiés, 6080 $ par an, en diminution de 3 % par rapport à 2013. Le revenu médian lié strictement au livre, lui, chute de 3900 $ à 3100 $ par an, toutes catégories d’auteurs publiés confondues.

Dans un long billet, il détaille donc la riposte qui se prépare : lancer une campagne nationale en faveur d’un droit de prêt public, qui se rapprocherait de ce que la France a instauré avec la loi du 18 juin 2003 relative à la rémunération au titre du prêt en bibliothèque. 

En effet, près de 35 pays ont adopté un modèle – même les très libéraux, dont Israël ou le Royaume-Uni – qui permet de compenser la gratuité des livres en bibliothèque. « Au cours de ces cinquante dernières années, toutes ces nations ont mis en place des systèmes de droit de prêt public », souligne-t-il. Mais cette expression ne convient pas pleinement. 
 

Gratuité de l'accès et rémunération de l'auteur : logique


Ce droit reconnaît deux points : fournir un accès gratuit aux livres et rémunérer les auteurs pour leurs œuvres. Et l’Authors Guild croit en la possibilité que cohabitent les deux éléments. La perspective est de travailler avec les bibliothèques pour que ce système soit profitable pour tous.

C’est également un retour à une bataille déjà menée par l’organisation, qui, en 1980, avait invité ses homologues britanniques à présenter le modèle de prêt en bibliothèque. Mais sous l’ère Reagan, les projets de loi préliminaires furent ensevelis. 

Or, l’an passé, la Society of Authors, équivalent britannique, a obtenu que dès le 1er juillet 2018, les auteurs soient également rémunérés sur le prêt de livres numériques. Plus de 22.000 auteurs perçoivent alors des sommes qui peuvent aller jusqu’à 6600 £ annuellement. Modique, certes, « mais suffisante pour faire une réelle différence dans la capacité de certains auteurs à poursuivre leur carrière », indique le président. 

Avec un marché américain plus vaste, le projet doit être ambitieux. Il s’agit d’un système de gestion collective, avec collecte anonymisée de données – et dont les coûts ne doivent assurément pas retomber sur les bibliothèques. Un paiement maximal plafonné est envisagé, et surtout, fournir une aide économique aux auteurs – sans privilégier les best-sellers.

Toute la difficulté reste en effet de ne pas favoriser ces derniers : le modèle britannique est en effet délicat. Il recense 41.750 auteurs, mais 19.548 n’ont pas reçu d’argent en 2017, et ils sont 16.654 à avoir perçu moins de 100 £, quand 3232 ont touché 500 £. Et les statistiques sur d’autres territoires ne sont pas des plus réjouissantes... Cela dit, un panorama mondial de l'évolution des droits d'auteur indique bel et bien que le prêt public est de plus en plus important.
 

Trouver une voie pour convaincre Washington


Washington ne semble pour le moment pas très réceptif à l’idée – difficile d’imaginer l’administration Trump, et moins encore Donald en personne, se préoccuper de ce genre de question. Il faudra pourtant que le président et le congrès, une fois le shutdown passé, parviennent à investir pour la culture et les arts.
 
Sachant que les revenus issus de l’usage de livres en classe sont évaporés, que les bibliothèques universitaires plaident pour le Fair Use sans reverser de droit, une inégalité se creuse. En défaveur des auteurs. C’est ici que le projet de prêt intervient, pour rétablir une certaine équité entre les acteurs : les prêts rémunérant les auteurs, l’argent doit venir d’un financement gouvernemental, « comme un soutien à l’éducation et à l’auteur », dans le cas des bibliothèques universitaires par exemple.

Mais la bibliophobie américaine empêchera-t-elle la concrétisation de ce projet ? Face aux dangereuses tendances qui contraignent de plus en plus les auteurs à avoir une seconde source de revenus, le prêt public devient essentiel. « Des auteurs appauvris menacent d’appauvrir notre culture », conclut le président. 


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