50 % des revenus de l'ebook, une "juste rémunération des auteurs"

Antoine Oury - 10.07.2015

Edition - Economie - ebooks - Authors Guild - contrat


Sale temps pour les clauses contractuelles : tandis qu'outre-Manche, les auteurs réclament des contrats plus clairs et plus réglementés, l'Authors Guild, principal organisme représentant les auteurs aux États-Unis, réagit à son tour. L'AG avait prévenu, en mai dernier : ses actions allaient se concentrer sur l'information, auprès de ses adhérents, portant sur les clauses abusives et les taux de rémunération. Aujourd'hui, le ton monte.

 

Balancing The Account

(Ken Teegardin, CC BY-SA 2.0)

 

 

Dans un communiqué, l'Authors Guild assure en effet que « la moitié des recettes nettes est une juste rémunération pour les livres numériques » : actuellement, le taux le plus avantageux ne dépasse pas les 25 %. Selon l'analyse de l'AG, les conditions actuelles seraient particulièrement désavantageuses, et « ne considérent pas l'auteur comme un partenaire dans la démarche d'édition ».

 

Et l'AG de s'expliquer : dans le cas d'un livre papier, l'auteur touche environ 15 % du prix du livre, et la rémunération devient plus intéressante dans le cas d'une vente de droits pour des versions poche, club de lecture et autres. Si l'oeuvre est adaptée au théâtre, au cinéma ou à la télévision, c'est jackpot, tout comme une cession pour traduction. Dans tous les cas cités ci-dessus, la règle du 50/50 s'applique, et parfois plus, étant donné que l'éditeur original s'efface derrière la puissance du texte.

 

Dans le cas du livre numérique, donc, l'auteur ne touche que 25 %, au mieux, des recettes obtenues par l'éditeur suite aux ventes numériques. « Ça ne ressemble pas vraiment à un partenariat, à nos yeux », assène l'AG.

 

Dans les années 1990, et jusqu'aux années 2000, « les taux de rémunération s'arrêtaient à un niveau choquant, environ 10 % », mais d'autres atteignent le 50-50 : en somme, chacun fait comme il le souhaite, d'autant plus que le numérique est quantité négligeable en matière de chiffre d'affaires. « Entre 2000 et 2004, beaucoup d'éditeurs payaient leurs auteurs à 50 % des recettes nettes, dans cet esprit de partenariat », rappelle l'AG.

 

À partir de 2004, tout se corse : « Random House, qui payait 50 % de ses revenus tirés de la vente de livres numériques, a anticipé le boom des ventes d'ebooks et a drastiquement réduit ses taux. D'autres éditeurs ont suivi, et ce taux s'est tassé autour des 25 %. » Bien évidemment, la concentration grandissante dans l'industrie du livre n'a pas favorisé la négociation, et les auteurs se sont laissés endormir.

 

Finalement, la vente d'ebook aura suivi une courbe ascendante, mais chaotique, notamment avec le dumping pratiqué par Amazon, qui tend à réduire les prix des livres numériques : néanmoins, l'opération s'est toujours avérée plus avantageuse pour l'éditeur que pour l'auteur, qui perd même de l'argent avec la dématérialisation. L'AG propose une étude de cas :

 

Rémunération de l'auteur vs. Revenus de l'éditeur, 2015

 

All the Light We Cannot See, de Anthony Doer

 

Rémunération standard de l'auteur :

$4.04 pour un exemplaire papier 

$2.09 pour un livre numérique

Bilan pour l'auteur = -48%

 

Marge de l'éditeur :

$5.44 pour un exemplaire papier 

$5.80 pour un livre numérique

Bilan pour l'éditeur : +7%

 

 

L'Authors Guild conclut son analyse en lançant un appel aux auteurs habitués des meilleures ventes : à eux de tenir tête aux clauses contractuelles et aux taux de rémunération abusifs, pour le bien de tous. Et prévient également contre des arrangements dangereux : par exemple, un taux de rémunération à 50 % dès 10.000 exemplaires vendus, ou 50 % contre une avance plus modeste.

 

En France, la situation est encore plus critique : la plupart des taux de rémunération des livres numériques sont calqués sur ceux du papier, entre 8 et 10 % du prix du livre. Certains éditeurs importants ont porté ce taux à 15 %, nous confie-t-on, mais il n'est pas rare de passer d'un taux de 12 % en papier à 8 % pour l'ebook...