Les auteurs australiens menacent le gouvernement de quitter le pays

Joséphine Leroy - 25.05.2016

Edition - International - Australie gouvernement droit d'auteur - auteurs éditeurs libraires - protection droit auteur


Les écrivains grondent : l’auteure Magda Szubanski a fait savoir qu’elle pourrait quitter le pays et appelle les auteurs à faire de même tandis que Richard Flanagan, de son côté, exige la démission du ministre de la Culture australien, Mitch Fifield. Le climat est rude en ce moment en Australie. Les professionnels du livre et les auteurs se sentent menacés par des mesures politiques qu’ils ne cautionnent pas. 

 

Australia 2007 - Victoria

(Thomas Becker / CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Alors que la soirée de l'Australian Books Awards avait fait grand bruit, les auteurs préviennent maintenant qu'ils ne resteront pas impassibles face aux attaques répétées du gouvernement contre l’industrie du livre.

 

La charge virulente, en réplique à une modification en profondeur de la loi Parallel Importation Restriction, portait avant tout sur la protection du droit d’auteur et la préservation de la chaîne du livre. Lors de la récompense annuelle, qui se déroulait à l’Art Gallery de Nouvelles-Galles du Sud, les changements en cours dans l’industrie du livre ont soulevé plusieurs craintes. 

 

Un délai de 30 jours

 

Les éditeurs disposent en effet d'un délai de 30 jours pour rendre un titre disponible sur le territoire. Sans cela, les revendeurs peuvent passer commande auprès des fournisseurs étrangers... Or, durant cette période transitoire d'attente, les libraires sont mis sur le banc de touche. En réalité, pour les auteurs, c’est toute la chaîne du livre qui sera affectée. 

 

Le gouvernement prétend vouloir « rendre les libraires locaux plus compétitifs avec les fournisseurs étrangers, promouvoir les bas prix pour les lecteurs et assurer une disponibilité des titres ». Pour récapituler, si le fameux délai de 30 jours n’est pas respecté, libre champ aux fournisseurs étrangers et  donc, a fortiori, aux livres peu coûteux. Tout cela, bien entendu, pour la satisfaction du lecteur. 

 

« Si l’industrie locale est durable et prospère, la collaboration est vitale. Les éditeurs australiens continueront de travailler de façon productive, en partenariat avec les auteurs australiens pour assurer que toutes les parties de la chaîne d’approvisionnement soient correctement rémunérées », rappelait Louise Adler, présidente de l’Australian Publishers Association.

 

Mesures sur la protection du droit d’auteur 

 

Autre point évoqué - et non des moindres - dans le projet de loi gouvernemental et critiqué par l’auteur Richard Flanagan : la durée de protection du droit d’auteur. Dans le projet de réforme porté par le gouvernement de Malcolm Turnbull, actuel premier ministre, la durée de protection du droit d’auteur serait portée entre 15 et 25 ans après la publication du livre.

 

Un changement radical alors qu’en 2006 la durée du copyright a été modifiée dans le cadre de l’accord passé avec les États-Unis : de 50 ans, le pays était passé à 70 ans. 

 

« Ce que [le gouvernement] dit, c’est que, sans l’industrie du livre – qui n’est rien de plus qu’un parasite – l’économie serait en train de réussir bien bien. Nous pourrions tous aider l’économie à faire du vrai travail, comme, devenir des stagiaires non rémunérés pour des banquiers d’affaires », s’étranglait récemment Richard Flanagan.

 

Des auteurs prêts à quitter leur pays 

 

Les auteurs font passer un message de désespoir, presque de résignation. Pour Magda Szubanski, si les choses continuent dans ce sens, elle prévoit de « ne pas écrire d’autre livre » et de « commencer à envisager l’idée de quitter le pays », le « coût financier » que cela impliquerait devenant « ridicule ». 

 

« Même les États-Unis ne sont pas si serviles face à une loi du marché qui consiste à ne protéger ni nos auteurs, ni nos libraires et ni nos éditeurs », estime l’écrivain américain Jonathan Franzen, présent pour le festival de Sydney qui rend hommage aux auteurs. 

 

(via The Guardian