Les auteurs britanniques ne veulent plus se faire plumer à la télévision

Antoine Oury - 21.02.2019

Edition - Economie - auteurs television - droits auteur - copyright authors society


La transmission est bonne, mais le programme n'est pas au goût de la Society of Authors, principale organisation britannique d'auteurs : l'explosion des programmes documentaires ou de fiction basée sur des recherches historiques menées par des auteurs ou des académiciens est loin de profiter à ces derniers. La Society of Authors en appelle à la responsabilité des chaines, pour que des rémunérations soient versées à ceux qui les méritent.

Doris Delevingne, au coeur du documentaire Secret History: Churchill’s Secret Affair, sur Channel 4,
basé sur les recherches d'une historienne


C'est un fait : le public a soif d'histoire, à travers des documentaires ou des fictions. Et les livres constituent des sources incontournables, dans la plupart des cas : pas seulement lorsqu'ils sont directement adaptés, mais surtout lorsque leurs auteurs deviennent, parfois malgré eux, des consultants des chaines télévisées, une activité qui débouche trop rarement sur une rémunération en bonne et due forme.

La Society of Authors a ainsi été poussée à tirer le signal d'alarme, et à faire état d'un « problème récurrent, mais qui connait une hausse des plaintes, dernièrement », selon Nicola Solomon, directrice de l'organisation d'auteurs. « Nos auteurs ont le sentiment qu'ils devraient être sollicités et rémunérés pour le temps passé à répondre aux questions », indique-t-elle à The Observer.

Lyndsy Spence, historienne, a fait les frais des mauvaises pratiques en vigueur : auteure d'une biographie de Doris Delevingne, femme politique, elle est sollicitée par une société de production, qui prépare un documentaire sur la relation de Delevingne avec Winston Churchill pour la chaine Channel 4. Son livre, The Mistress of Mayfair, publié par The History Press, était sous option auprès d'une autre société de production, mais Spence accepte de répondre.

Elle finit par fournir une aide substantielle à la production, apportant des sources et des avis. « Le documentaire a été diffusé et, bien sûr, il était basé sur mes recherches. J'ai été la première à écrire la biographie de Delevingne, ce n'est donc pas une coïncidence », souligne Spence. Son nom n'apparait toutefois pas au générique, contrairement aux promesses de la société de production. Et, bien sûr, aucune rémunération ne lui est versée, malgré quelques centaines de livres dépensées pour confirmer certaines sources. En face, la société de production assure que le documentaire se base sur les travaux de deux autres auteurs — sans préciser si ces derniers ont été payés.
 

Un rappel des bonnes pratiques


« Nos sources constituent une sorte de carte aux trésors pour les producteurs », déplore encore l'historienne. La malhonnêteté intellectuelle consiste en effet à reprendre les sources dénichées par l'auteur, sans créditer la propre recherche de ce dernier.

Les cas se sont multipliés ces derniers mois, affirme la Society of Authors : l'auteure Hallie Rubenhold a vu son livre utilisé pour la série historique Harlots, mais a du se battre pour être créditée...
 




Aussi, l'organisation, conjointement avec Pact., un organisme qui représente des sociétés de production télévisuelle, a signé un document rappelant les bonnes pratiques en la matière, lequel précise notamment que « le premier contact avec les auteurs doit se limiter aux discussions autour de la nature et de l'ampleur de la contribution que vous souhaitez qu'ils apportent au projet. Les discussions initiales ne doivent pas elles-mêmes constituer la contribution à moins que l'auteur y consente. »
En règle générale, le document demande plus de transparence et d'honnêteté dans les relations avec l'auteur : ne pas dissimuler l'usage des informations demandées, et se conformer au cadre de travail défini avec celui-ci... Du côté de l'auteur, il est bien sûr vivement recommandé de demander un maximum d'informations à l'interlocuteur.


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