Les auteurs britanniques veulent obtenir plus des ventes d'ebooks

Antoine Oury - 15.04.2015

Edition - International - Nicola Solomon - The Society of Authors - rémunération


Entre les réseaux sociaux, qui permettent de nouvelles relations avec les lecteurs, l'autopublication, et des best-sellers adaptés en films en moins de temps qu'il n'en faut pour les lire, on oublie un peu rapidement que la situation sociale et financière des auteurs est plutôt catastrophique. Depuis la Foire de Londres, la directrice exécutive de la Society of Authors, Nicola Solomon, a lancé un appel à la prise de conscience. Ou de pouvoir ? 

 
De notre envoyé à Londres
 
Nicola Solomon (The Society of Authors), Joanna Penn, Lorella Belli - London Book Fair 2015
De gauche à droite : Nicola Solomon (The Society of Authors), Joanna Penn, Lorella Belli
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 

Deux auteurs, il y a quelques jours, avaient publié une étude faisant état des difficultés des auteurs dans la relation avec leur éditeur. Une exception ? Plutôt la règle, en fait, puisque cette étude, qui couvrait les États-Unis et le Royaume-Uni, est la petite jumelle du baromètre français des relations auteurs-éditeurs, pas vraiment au beau fixe non plus.

 

Dans l'étude anglophone, on découvrait même que les auteurs étaient globalement plus satisfaits de leurs relations avec leur agent qu'avec leur éditeur. « Ce qui était particulièrement notable, c'est que plus de 70 % des interrogés signalaient qu'ils n'avaient jamais été consultés par leurs éditeurs, afin de savoir s'ils étaient satisfaits de la progression éditoriale », souligne Nicola Solomon, de la Society of Authors.

 

La relation de travail, de professionnel à professionnel, serait donc de plus en plus difficile à mettre en place. « Il est important que les éditeurs écoutent les auteurs, investissent à long terme sur leur relation, soient attentifs à la vie de leurs fonds, et les aident avec le marketing - un des points sur lesquels les auteurs sont le plus mécontents », précise Solomon.

 

Autant de problèmes qui avaient été identifiés par Laurent Bettoni, auteur « traditionnel et autopublié » (une distinction qui tendra probablement à s'effacer avec le temps), lors d'une table ronde. « [La] politique du one shot va tuer l'édition, et la littérature française, à petit feu... Les éditeurs n'investissent plus sur un écrivain avec une perspective longue, pour un succès dans 10, 20 ans. Ceux qui font leur marché sur iTunes, Amazon, Kobo pour des succès vont conduire l'édition dans le mur, ce n'est pas comme cela que l'on fait de la littérature », prédisait l'écrivain.

 

La directrice exécutive de la Society of Authors admet cependant quelques améliorations, mais, légèrement, biaisées : « Les éditeurs se préoccupent à présent du bien-être des auteurs, car ils comprennent que les auteurs peuvent désormais se tourner vers l'autopublication. Les auteurs sont devenus plus puissants, en quelque sorte. »

 
La rémunération, une donnée à ne pas oublier 
 

Néanmoins, il ne faudrait pas oublier que ce qui fait vivre l'auteur reste son salaire : « Ce qui est primordial, aujourd'hui, c'est que les auteurs obtiennent une part plus importante des revenus tirés de l'exploitation de leurs œuvres. Le montant que les auteurs obtiennent de la vente de leur livre au format numérique est ridiculement bas. Seulement 9 % des auteurs s'estiment satisfaits de la part qu'ils obtiennent des éditeurs. Comme je l'ai dit, ils peuvent à présent aller voir ailleurs, et obtenir bien plus », assure Nicola Solomon.

 

Encore une fois, comme en France, « [l]es revenus des auteurs ont baissé, dans ce pays, pour se stabiliser autour de 11.000 £ [par an, soit environ 15.000 €], 29 % de moins en 5 ans. À l'inverse, les revenus des éditeurs sont restés plutôt stables, ou à la baisse de 1 ou 2 %. Ce n'est pas juste : si les temps sont difficiles, les revenus doivent être partagés » , défend Nicola Solomon.

 

 
Conférence Les auteurs bientôt à poil (SGDL)
Les auteurs, bientôt tous à poil ? (par Loïc Méhée, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 

Chose amusante (ou pas), on retrouve peu ou prou les mêmes revendications que dans l'Hexagone, preuve que l'édition est victime de défauts quasi-structurels : « Les relevés de droits doivent expliquer ce qui est vendu, à qui, par le biais d'une diffusion en streaming ou d'une vente à l'acte, avec des lignes de comptes distinctes afin de savoir précisément d'où vient l'argent. » Et éviter les abus, serait-on tenté d'ajouter.

 

Mais la Society of Authors va plus loin : « Il faut également qu'il soit plus simple, pour les auteurs, de rompre un contrat », souligne Solomon. Et ainsi de poursuivre l'exploitation de l'œuvre en indépendant, une fois que le travail de mise en avant et de marketing a été abandonné par l'éditeur. De même, la Society of Authors appelle de ses vœux une clause pour les best-sellers, qui permette à l'auteur d'obtenir un bonus supplémentaire en cas de succès au-delà des espérances. Pendant une intervention à la London Book Fair, Solomon invitera par ailleurs les auteurs à ne céder ni leurs droits sur les livres audio, ni ceux sur les ventes à l'international, notamment en numérique. Et critiquera ouvertement la rétrocession des droits pour défaut d'exploitation, inopérante à l'ère du numérique.

 
Le copyright, seul point commun ? 
 

L'édition tout entière pourrait finalement remercier chaleureusement Julia Reda : grâce à son rapport très controversé sur une réforme de la directive européenne de 2001 sur le copyright, un terrain d'entente a été trouvé avec les auteurs... « Nous rejoignons les éditeurs pour rappeler qu'un régime de copyright fort est très important. Nous pensons par ailleurs qu'il ne devrait pas y avoir d'élargissement des exceptions, dans la mesure où les conditions de rémunération des auteurs ne sont pas connues » , explique Nicola Solomon.

 

Pour le droit de prêt applicable aux livres numériques, par exemple, « le seul taux qui serait satisfaisant serait celui d'une vente à l'acte, et cela semble peu probable à travers le Public Lending Right [rémunération pour le prêt en bibliothèque, au Royaume-Uni, NdR] ». « Les auteurs aiment les bibliothèques, bien sûr, mais nous avons vraiment besoin d'un système équilibré », note Nicola Solomon.

 

Au Royaume-Uni, « l'équilibre entre les besoins à des fins d'éducation et notre système de gestion collective, très efficace » serait satisfaisant, d'après Nicola Solomon. « Nous préférerions voir un système de gestion collective et de licence encore plus performant, que voir proliférer des exceptions qui permettrait aux gens d'obtenir gratuitement ce qu'ils payent actuellement. La rémunération, cette fois pour l'éditeur comme pour l'auteur, reste un point important. »

 

Malgré tout, et la Society of Authors le salue, les propositions du rapport Reda qui concernent les droits et les revenus des créateurs sont particulièrement intéressantes : « Il n'y a pas de règles communes pour le moment, et les études de l'Union européenne sur les différentes pratiques montrent que le Royaume-Uni est de loin le pays avec une législation parmi les moins protectrices pour les auteurs. Celle de la France, par exemple, est bien plus protectrice. Il reste très difficile pour les auteurs de se faire entendre lorsqu'ils font face à des sociétés. Nous avons besoin de standards, pour faciliter les négociations et protéger les auteurs. »