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Les auteurs de Palette engagent une action commune contre Rue des Écoles

Nicolas Gary - 01.03.2017

Edition - Justice - Palette Rue des écoles - Editions Palette rachat - Philippe Sylvestre Rue des Ecoles


« Révoltant. » La situation est résumée en un seul mot. Ils sont nombreux à avoir envoyé des lettres recommandées ou tenté de joindre Philippe Sylvestre, patron de Rue des Écoles. Ce dernier est également devenu le patron des Éditions Palette, mi-2016. Aujourd’hui, les auteurs attendent leur rémunération.

 

 

 

L’histoire n’est pas sans rappeler celle du Baron perché, où la Société des Gens de Lettres avait dû intervenir pour obtenir que les auteurs soient finalement payés. Cette fois, ce sont les auteurs des Éditions Palette qui se retrouvent dans la même situation. Avec plus de 200 titres au catalogue, la maison avait rejoint Rue des Écoles en mars 2016 – mais le rachat n’avait jamais été véritablement officialisé.

 

Or, les droits 2015, en dépit de plusieurs courriers recommandés, n’ont toujours pas été payés par le propriétaire. Ainsi, des auteurs se sont regroupés pour entreprendre une action commune.

 

« C’est d’autant plus terrible pour nous, auteurs, parce que l’on subit une double peine : nous avons moins de commandes ces derniers temps, et moins de livres publiés », nous explique-t-on. Certains avaient pressenti le vent mauvais, lorsque le fondateur de Palette, Didier Baraud, avait été écarté de la maison, quelques mois après l’officialisation du rachat.

 

Un licenciement qui avait inquiété les auteurs, lesquels signaient dans ActuaLitté une lettre ouverte, dénonçant ce « départ forcé ».

 

En interne, quelques éléments fuitent malgré tout, mais pas de nature à rassurer les auteurs : « C’est une grande société à dimension industrielle, qui attendrait souvent le dernier moment, bien après les recommandés et les injonctions d’huissiers, pour finalement ne payer qu’une partie. Cela permet de gagner du temps, pour repousser encore les règlements », souligne un auteur. « C’est une pratique scandaleuse, effarante ! »

 

Tous les auteurs regroupés dans l’action commune n’ont pas nécessairement des ouvrages à venir chez Palette. « On trouve tous les cas de figure : certains n’ont publié qu’un ouvrage, d’autres plusieurs, certains ont des livres en fin de parcours. Or, même ceux qui n’attendent pas particulièrement de droit voulaient se solidariser de l’action en cours. »

 

Une lune de miel de courte durée

 

Didier Baraud, joint par ActuaLitté, se souvient que « la lune de miel fut d’assez courte durée. Rue des Écoles s’est approché de nous et puis est entré au capital à 51 %. J’ai alors laissé la gérance à Philippe Sylvestre. Mais il n’a manifestement pas procédé aux audits nécessaires ni regardé les comptes fournis. Or, Palette était en difficulté, sinon nous n’aurions pas procédé à une augmentation de capital. »

 

Surviendront par la suite des licenciements, alors que, dans le même temps, la structure fait de son mieux pour améliorer les résultats de 2016. « Un long échéancier avait été négocié avec les différents fournisseurs, imprimeurs et photograveurs, mais qui n’a pas été honoré. » Ce sont ensuite les auteurs et les graphistes qui ont été victimes : « Nous avons perdu trois titres importants, en fin d’année, parce que les gens ne voulaient plus travailler avec nous. »

 

Si certains ont été payés pour leurs droits 2015, la majorité ne l’a pas encore été, « alors que nous sommes le 1er mars 2017 » ! Le dernier éditeur de Palette est parti en début de semaine, remplacé par une personne qui aura désormais à faire un grand écart entre les deux structures.

 

Une soixantaine d'auteurs concernés

 

C’est la SGDL qui, une fois encore, doit monter au front. Mais pour défendre les auteurs, l’organisation a besoin que les auteurs soient inscrits. La procédure devrait être actée fin mars, et, pour que tous les auteurs le désirant y soient associés, la cotisation est de 45 € annuels. « La somme est plutôt modeste, pour être ainsi défendu », pointe une auteure.

 

Sollicitée par ActuaLitté, la SGDL nous explique qu’une soixantaine d’auteurs Palette est concernée par ces questions : « Il peut s’agir d’un non paiement des droits, mais également de l’absence de reddition de comptes, ce qui est plus problématique encore. » En effet, sans cette reddition, difficile d’évaluer le montant du préjudice subi par les auteurs.

 

Dans un premier temps, la SGDL va faire adresser une mise en demeure à Philippe Sylvestre, pour obtenir les différentes informations nécessaires. « Il devrait réagir dès réception du courrier, dans les délais les plus brefs. En absence de réponse, nous verrons quelle est la meilleure procédure à suivre. »

 

La maison Rue des Écoles est connue pour ses fascicules en parascolaires – dont certains sont développés en partenariat avec des médias, comme la collection Le Monde Sup' « pour aller plus loin et mieux comprendre les grandes problématiques du XXe siècle qui ont façonné aujourd’hui ». Le paiement des auteurs pourrait figurer dans la prochaine série...

 

Joint par ActuaLitté, Philippe Sylvestre ne souhaite faire aucun commentaire. En 2015, la société Rue des Écoles a réalisé 3,174 millions € de chiffre d’affaires avec 209.100 € de résultat net.