Les auteurs du livre-disque Nique la France entendus par la justice

Julien Helmlinger - 21.01.2015

Edition - Justice - Nique la France - Racisme - Liberté d'expression


En 2010, le sociologue Saïd Bouamama et le rappeur Saïdou, de son vrai nom Saïd Zouggagh, ont publié de concert un livre et un disque. Ces œuvres ayant été intitulées Nique la France : Devoir d'insolence, elles n'ont pas tardé à s'attirer les foudres de l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (Agrif), qui a porté plainte en dénonçant non seulement le titre du bouquin, mais aussi des passages de la chanson. Alors que les débats sur la liberté d'expression s'invitent partout, la justice va rendre son verdict.

 

 

Capture d'écran, tirée du clip

 

 

Ce mardi, devant le tribunal correctionnel de Paris, les auteurs ont plaidé qu'il s'agissait d'un cri de colère et non d'une attaque raciste anti-blanc, comme l'auront en revanche perçu les membres de l'Agrif. Cette association dénonçait les propos relevés comme constituant une « injure publique à caractère racial et une provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'un groupe de personnes ». Ce groupe de personnes, en l'occurrence serait les Français dits « de souche ».

 

Comme le rapporte l'AFP, parmi les paroles de la chanson qui ont été relevées, Saïdou, avec le collectif ZEP (zone d'expression populaire), balance notamment : « Ce que j'en pense, de leur identité nationale, de leur Marianne, de leur drapeau et de leur hymne à deux balles. Je vais pas te faire un dessin, ça risque d'être indécent, de voir comment je me torche avec leur symbole écœurant. »

 

Après écoute du titre en son intégralité, les rappeurs dénoncent principalement le passé colonialiste du pays, le racisme et autres dérives du capitalisme, tout ça en même temps, en jouant sur les clichés nationaux et à renfort d'accordéon. Une chanson finalement pas aussi vulgaire que ce que l'on aurait pu imaginer à la lecture du titre seul. En somme, on a déjà entendu bien plus virulent dans le registre.

 

Mais pour Bernard Antony, président de l'Agrif et ancien député européen du Front national : « Il s'agit là d'un groupe d'expression raciste. [...] Pourquoi viser les Français blancs d'origine ? Faut-il que nous ayons honte de cette origine ? Nous sommes devant une dialectique de désintégration, un scénario classique de substitution de lutte des races à la lutte des classes. »

 

Le septuagénaire invoque le concept de « racisme inversé », et évoque un certain climat de « guerre civile », ce à quoi la présidente du tribunal aurait répondu : « Nous ne sommes pas sur Fox News [clin d'œil aux récentes allégations de la chaîne américaine sur l'existence de zones interdites aux non-musulmans en France et au Royaume-Uni, NdR]. »


Le rappeur et le sociologue ont quant à eux opposé leur vision de leur projet. Celui-ci serait né de leur mécontentement face au climat de l'époque, entre 2007 et 2010, alors qu'existait en France un ministère de l'Identité nationale. « On avait des discours qui hiérarchisaient les Français. Dans les quartiers, c'était vécu comme une agression absolue. Nous ne voulions pas laisser nos camarades, nos frères, seuls face à cette agression », a ainsi expliqué Saïd Bouamama.


Son compère rappeur a pour sa part ajouté : « Cela fait cinq ans. J'ai fait 300 concerts, devant des salles pleines. Je n'ai jamais entendu quelqu'un nous dire : allons à la guerre, allons tuer les Français de souche, jamais je n'ai entendu ce genre de propos. »


Le procureur suggère de relaxer les prévenus, la décision a été mise en délibéré au 19 mars prochain. En attendant, on peut toujours se faire sa propre idée en musique :