Les auteurs font les critiques de leurs propres livres

Clément Solym - 04.09.2012

Edition - International - Stuart Neville - Sam Millar - Promotion frauduleuse


Après les commentaires et critiques de livres que l'on paye, pour tenter de séduire le chaland et l'inciter à acheter le livre, voici le retour de la guerre des auteurs. Deux auteurs irlandais se battent comme des chiffonniers, dans une guerre qui prend internet pour terrain de bataille. D'un côté, Stuart Neville, de l'autre Sam Millar, qui sont en bataille rangée...

 

 

 

 

Tout l'enjeu est bien celui des commentaires frauduleux, et Stuart accuse ouvertement Millar d'avoir posté, sous de fausses identités, des critiques laudatives de ses propres romans. Et d'avoir, évidemment, démonté les ouvrages d'autres auteurs. Mais Millar s'en défend de toute force, et dément être l'internaute derrière les pseudos Cormac Mac, Noir Fan, Crime Lover ou encore Crime Queen.

 

Le principe a désormais un nom : le sock puppetry ou sock puppeting. Prendre un pseudonyme pour faire l'apologie de ses propres romans, et massacrer ceux de la concurrence. C'est que, dans le contexte moderne, la vente de livre passe par une implication forte de l'auteur, qui a la charge plus que jamais d'assurer le marketing de ses oeuvres et leur promotion. Finalement, l'apparition de cette stratégie déloyale devrait-t'elle plus au manque de budget promotionnel et à la facilité de l'anonymat ? 

 

Plusieurs auteurs se sont regroupés pour dénoncer ces pratiques. Ils estiment qu'en trafiquant les commentaires laissés sur les sites de vente, principalement, mais également sur les forums, elles sont dommageables pour toute l'édition. 

 

Un certain RJ Ellory, auteur britannique ou encore un Stephen Leather, ont dernièrement avoué  s'être prêtés au jeu et avoir créé des identités fictives pour assurer la promotion de leur travail. Des aveux importants, mais qui montrent combien le milieu commence à se véroler, et ces auteurs sont loin d'être des cas isolés.

 

Prendre des mesures fortes... mais lesquelles ?

 

« Nous condamnons ce comportement, et nous engageons à ne jamais user de pareilles méthodes. Mais la seule solution durable est que les lecteurs s'emparent de ce sujet. L'internet appartient à tous. Les critiques honnêtes et sincères, bonnes ou mauvaises, enthousiastes ou défavorables, peuvent noyer les voix irrégulières et marginaliser cette tactique sournoise, jusqu'à la rendre inutile. Pas un seul auteur, même rusé, n'est en mesure de rivaliser avec l'ensemble d'une communauté », signent les auteurs dans une lettre collective. 

 

Ellory s'est longuement excusé d'avoir recouru au  sock puppeting, faisant amende honorable. Ses messages ont aujourd'hui disparu du site Amazon. « Je regrette d'avoir manqué de jugement, ce qui m'a fait diffuser ces messages de cette manière, et je tiens à m'excuser auprès de mes lecteurs et de toute la communauté des auteurs », assurait-il, sincère. Mais la tentation était bien grande, et l'histoire de RJ Ellory n'est qu'un révélateur de l'ambiance globale.

 

« Les commentaires récents - à la fois positifs et négatifs - que j'ai postés sur mes comptes Amazon relèvent de mon unique responsabilité » a répondu par email RJ Ellory aux demandes d'explications. « Vous créez ce réseau de personnages pour parler de votre livre, et parfois cela se termine en conversation avec vous-même. » (voir notre actualitté)

 

Dans le milieu du polar, l'affaire a rapidement circulé : la communauté se connaît, et elle a pris une ampleur énorme, en assez peu de temps. Ainsi, la Crime Writers' Association, qui réunit plus de 600 membres, s'est même lancée dans la bataille contre cette pratique déloyale.

 

« À l'heure actuelle, nous ne connaissons pas l'ampleur de cette pratique. Cependant, nous allons prendre des mesures pour mettre en place un code éthique et examiner quelles autres mesures peuvent être nécessaires, pour nous, en tant que collectif d'auteurs. » Une prise de position intéressante, pour le moment restée lettre morte du côté de la Society of Authors ou même de l'Authors Guild. 

 

Stuart Neville, écoeuré par les pratiques de Sam Millar, n'a donc pas fini de se battre, attendu que ces méthodes vont aller croissant. Au Royaume-Uni, ce type de comportement peut coûter une amende, sans limite de montant, et jusqu'à deux années de prison. Il est en effet illégal de se faire passer pour un consommateur et de laisser un avis positif sur ses propres produits.