Les auteurs jeunesse et BD “méprisés et humiliés publiquement par Livre Paris”

Nicolas Gary - 06.03.2018

Edition - Société - livre paris auteurs - rémunération auteurs salon - SNE Reed auteurs


Ils sont nombreux à ne pas comprendre, du côté des éditeurs, la mélasse dans laquelle patauge le salon parisien. Livre Paris, décidé à rémunérer les auteurs, ou non, sous conditions, ou pas... Tout cela devient gênant, humiliant, même, et ce, pour l’ensemble de la profession.


Livre Paris 2017
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« Il faut le poser net : c’est tout de même une aberration que le salon dispose d’un budget plantes vertes, plutôt qu’un budget pour les auteurs », déplore une éditrice jeunesse. Au cœur de la problématique, des questions d’argent, certainement. Après tout, la plante verte ne va pas demander plus qu’un peu d’eau (fraîche ?) et éventuellement de l’amour, en option.

 

Pour les auteurs, le régime amour et eau fraîche fonctionne moins bien. Dans sa dernière communication, le Syndicat national de l’édition, coorganisateur avec Reed Expo de Livre Paris, le jurait pourtant : les auteurs seront payés. Sauf que le diable est dans les 50 nuances de détails. Et à cette heure, bien des intervenants, auteurs et autrices, attendent leur contrat, en bonne et due forme...
 

De la promotion avant toute chose

 

De fait, tout serait rémunéré. Sauf les dédicaces, organisées par les éditeurs – somme toute assez logiquement : Reed n’intervient pas dans cette programmation – et tout ce qui touche à la promotion directe – définie par le directeur général du SNE comme un moment d’échange où l'auteur est au centre.

« L’acte de promotion concerne l’auteur quand il parle, face à un modérateur, de son propre ouvrage, sur une scène. C’est un des principes qui se pratique partout », indiquait à ActuaLitté Pierre Dutilleul, directeur général du SNE.

 

Boycott, auteurs indignés : insurrection générale contre Livre Paris 

 

En réalité, tous les salons qui perçoivent une subvention de la part du CNL sont tenus de rémunérer les auteurs, au tarif de 150 € pour un plateau de ce genre. C’est donc loin d’un principe que l’on voit partout pratiqué : c’est l’inverse. Livre Paris rappelle que, ne percevant pas de subvention, cette logique ne pourrait être appliquée. Pourtant, se revendiquer comme l’événement littéraire majeur en France implique un grand pouvoir.

 

Et comme tous les lecteurs de comics, et ceux de Spider Man en particulier, le savent : « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. » Et le pouvoir de la visibilité impliquerait des responsabilités économiques plus importantes encore.
 


Au sein d’Hachette Livre, nombreux sont ceux qui actuellement rient sous cape : depuis plusieurs années que l’éditeur et ses filiales ont décidé de ne plus mettre les pieds à Livre Paris, la polémique de cette année fait doucement rigoler. Le groupe a pris ses distances avec la manifestation parisienne voilà longtemps, et dans les bureaux, « on se marre » de voir le pétrin où SNE et Reed se sont fourrés. 
 

Des engagements définitifs exigés


« Reed appliquera la règle », poursuivait dans un entretien avec ActuaLitté Pierre Dutilleul. « Un grand maximum des interventions d’auteurs est rémunéré. » Et s’il venait y avoir des loupés, qu’on se présente : les cas seront examinés individuellement... 
 


Au terme d’une rencontre réunissant les organisations d’auteurs membres du Conseil Permanent des Écrivains, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse réclame « d’être reçus par le SNE, pour qu’il prenne des engagements écrits. L’état de siège des réseaux sociaux, avec #PayeTonAuteur, ne cessera pas : nous avons l’opinion publique avec nous, et celle, cruciale des lecteurs », insiste Samantha Bailly, présidente de la Charte.

 

Elle ajoute : « Les auteurs jeunesse et BD sont méprisés et humiliés publiquement par le Salon du livre de Paris : nous exigeons désormais d’être pleinement reconnus, et plus encore comme associations représentatives. »

 

Pour Geoffroy Pelletier, directeur de la Société des Gens de Lettres, la notion même « d’auteur en promotion est un argument derrière lequel se réfugie tout le monde. Un auteur qui va en salon pour une conférence et une dédicace vendra 15 livres. Et dans 18 mois, recevra 30 € sur les ventes. C’est en effet une situation des plus enviables ».
 


Alors que les structures comme le Centre national du livre, la SOFIA, la SCAM ou les Centres régionaux du livre suivent cette tendance, « il ne saurait y avoir une exception pour le plus important des salons de France ».

La Société des Gens de Lettres diffusera par ailleurs, chaque jour, un communiqué pour rappeler la nécessité de rétribuer correctement les auteurs pour leurs interventions publiques. « Chaque jour, jusqu'à l'ouverture du salon », souligne-t-on, avec un large sourire.

 

Avec ce mot d'ordre simpl : « La SGDL demande instamment au SNE et à Reed Expositions d’adopter, comme tous les grands salons du livre en France, le principe d’une rémunération de tous les auteurs pour les interventions réalisées à l’initiative de Livre Paris. »




Commentaires

Est-ce que les auteurs qui sont invité dans des émissions TV ou radio, par exemple, sont rémunérés ? Si ce n'est pas le cas, est-ce la prochaine étape du mouvement ?
Est ce que la Radio et la Télé touche des subventions du CNIL ?
Pas vraiment un argument puisqu'il est bien précisé dans l'article que Livre Paris ne les touche pas...

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