Les auteurs millionnaires défendent Hachette, les autres Amazon

Nicolas Gary - 04.07.2014

Edition - International - auteurs Amazon - lecteurs Hachette - écrivains pétition


C'est un soulèvement : hier, c'était une lettre ouverte amorcée par Douglas Preston, signée par près de 400 auteurs aujourd'hui, qui interpellait Amazon. Dans le conflit qui oppose la firme de Jeff Bezos au groupe éditorial Hachette Book Group, les écrivains pourraient faire la différence. Dans tous les cas, ils souhaitent peser de tous bords et de tout leur poids dans la balance.

 

 

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fugutabetai_shyashin CC BY NC SA 2.0

 

 

Douglas Preston avait fait circuler un courrier auprès de ses amis : hier ils étaient plus de 400 à l'avoir signé, parmi lesquels Stephen King, James Patterson, ou Robert A. Caro. Leur message est clair : « Nous avons fait gagner des millions de dollars à Amazon et au fil des ans, nous avons contribué tellement, à titre gracieux, à la société, par le biais de coopération à des promotions conjointes, des commentaires et dans nos blogs. Ce n'est pas une manière de traiter un partenaire d'affaires. »

 

La lettre n'était jusqu'à lors pas encore rendue publique, mais voici qu'elle a été diffusée

 

En somme, ils incitent à écrire directement à Jeff Bezos, jeff@amazon.com, pour lui demander de mettre un terme à ce conflit. « Il dit qu'il se félicite véritablement d'entendre ses clients et les réclamations et lit tous les emails depuis cette adresse. Nous espérons que les écrivains et les lecteurs, ensemble, seront en mesure de le faire changer d'avis. »

  

Or, dans le même temps, une pétition signée par près de 3000 personnes au moment où nous écrivons, est enclenchée. Elle est destinée aux lecteurs, rédigée par une auteure. « Nous vous devons tant, et seront pour toujours vos débiteurs. Merci d'avoir lu jusque tard dans la nuit. Merci de faire la lecture à vos enfants. Merci d'avoir raté un arrêt de métro, pour le bouche à oreille, vos avis et les emails de fans. » 

 

Où veut-elle en venir ? À une critique acerbe de l'édition, contrôlée depuis New York, avec des maisons qui « ont décidé quelles histoires vous étiez autorisés à lire ». Et de rappeler que les droits d'auteurs sont de 2 % à 12,5 % du prix du livre, que les éditeurs ont été accusés d'entente, et ainsi de suite. « Amazon en revanche fait confiance : à vous de décider ce qu'il faut lire, et ils s'efforcent de maintenir un prix bas. Ils permettent à tous les écrivains de publier sur leur plateforme et ils payent entre 35 % et 70 % du prix public du livre. » 

 

Et de mettre en avant qu'un boycott d'Amazon serait un choc pour les auteurs. « Amazon [...] a bâti sa réputation sur la valorisation des auteurs et des lecteurs. » Ainsi, condamner Amazon en masse n'est pas une attitude raisonnable, parce que « les éditeurs ont un long passif d'abus de leur pouvoir. Ils fonctionnent comme un oligopole, plutôt que comme des concurrents. Ils ont l'habitude de surcharger les lecteurs et de sous-payer les auteurs, parce qu'ils sont d'accord pour le faire. Amazon a une longue histoire, qui est exactement contraire ».

 

Elle dénonce d'ailleurs les messages véhiculés dans les médias, « que des écrivains multimillionnaires diffusent cette propagande avec force ». Or, les fameux auteurs ont prévu, lorsqu'ils auront collecté suffisamment de messages de soutien, de publier une publicité en pleine page dans le New York Times. 

 

Deux points de vue, et deux positions, tout aussi tranchées, l'une plaidant en faveur du groupe éditorial, l'autre pour le vendeur en ligne. Et bien entendu, la vérité est dans cet entre-deux.