medias

Les auteurs ont huit fois plus de chances de percer avec un nom de plume masculin

Clémence Chouvelon - 06.08.2015

Edition - Société - Parité hommes femmes - éditions - pseudonymes


Il fut un temps où les femmes choisissaient un nom de plume masculin pour éviter les préjugés du milieu de l'édition. George Sand, les soeurs Brontë, elles sont nombreuses à avoir utilisé un pseudonyme masculin. Une époque révolue ? Pas vraiment. Une auteure a tenté l'expérience et aurait reçu huit fois plus de réponses des éditeurs sous son pseudonyme masculin que sous son propre nom. 

 

Female Typing

(Adikos CC BY 2.0)

 

 

La lecture de plusieurs études sur la parité a fait réagir Catherine Nichols, dont une qui montrait que les facs de sciences étaient plus clémentes envers les étudiants que les étudiantes. L'auteure a ainsi eu l'idée de créer une nouvelle adresse e-mail, au nom de son pseudonyme masculin — qu'elle nomme George — et a commencé à contacter les éditeurs sous ce nom. 

 

Les réponses se sont faites beaucoup plus rapides et positives que lorsqu'elle utilisait son véritable nom. Sur une cinquantaine de missives, identiques, envoyées aux éditeurs, son profil masculin a recueilli 17 demandes de manuscrit, alors qu'elle, Catherine n'en a récolté que deux. 

 

« Ce n'était pas mon roman le problème, mais moi — Catherine » explique-t-elle. Conclusion : son pseudo George « est huit fois et demie meilleur que moi pour écrire le même livre ».

 

Parmi les éditeurs, des hommes comme des femmes, Catherine a tenté d'en contacter plusieurs sous ses deux noms de plume. « L'un d'eux, qui avait rejeté Catherine, voulait lire le livre de George, et lui a même demandé s'il pouvait envoyer [son manuscrit] à un agent plus haut placé. » 

 

Les refus adressés à George étaient également plus polis et chaleureux que ceux reçus par Catherine. « Le travail de George est “intelligent”, “bien construit”, “excitant”. Personne ne lui fait remarquer que ses phrases sont “lyriques”, que ses personnages sont “fougueux”. Quelques personnes lui ont envoyé de longues et généreuses critiques, qui m'ont rendu à la fois reconnaissante et mal à l'aise de ma malhonnêteté »

 

Elle tente d'expliquer cette différence de traitement, arguant qu'« il est inhabituel pour un homme d'écrire un livre dont la protagoniste est une femme », que « c'est peut-être ce qui a fait sortir le livre du lot. Avec mon nom, peut être que mon roman a été pris pour de la “Women fiction”, un nom détestable pour un genre respectable. Peut-être que les agents étaient inconsciemment plus respectueux envers George. » 

 

Le constat de Catherine Nichols rejoint celui de diverses études menées sur le sujet. On apprenait récemment que seuls 22 % des inspirations littéraires des auteurs étaient des femmes.  

 

(Jezebel)




Commentaires
Oui, je suis moi-même autrice ("Cultivez votre Charisme", et "97 exercices décalés pour prendre la parole" ce dernier co-écrit avec une autre autrice et amie, Geneviève Smal) et cela fait déjà plusieurs années que je constate cette différence de traitement, inconsciente la plupart du temps, MAIS elle ne vient pas que des maisons d'éditions (il est intéressant de constater que le personnel des maisons d'éditions est majoritairement féminin - se pourrait-il que les femmes soient plus dures envers les femmes afin de ne pas être accusées de traitement de faveur...). En ce qui me concerne, je n'ai pas senti de différence de traitement de la part de ma maison d'editions (Eyrolles), et je me dit aussi que si elles ont publié mes livres c'est qu'ils devaient être vraiment supers !!!! Mais comme je le disais, la différence de traitement vient aussi une fois l'ouvrage publié : elle vient des journalistes, et elle vient du public, elle vient beaucoup du public. Savez-vous comment je me suis rendue compte de cette différence de traitement de la part du public ? Je résidais à l'époque en Amérique du Nord, et j'étais dans ma librairie favorite en train de regarder quels étaient les derniers livres sortis en management, développement personnel, communication. Je sors les livres des rayons, je les consulte, et là, je me surprends à remettre un livre dans le rayon sans vraiment lui avoir donné une chance - pourtant le titre sur la tranche m'avait attiré, mais une fois le livre en main, je vois qu'il est écrit par une femme, et il y a sa photo sur la couverture... et je le remets automatiquement dans le rayon... et je réalise tout d'un coup pourquoi : parce que dès que j'ai vu cette femme, j'ai eu un à-priori négatif !!!! Moi, une féministe issue d'une famille de féministes !!!!! Mais voilà, c'était tout à fait inconscient, le résultat de siècles de conditionnement... néanmoins, je suis reconnaissante d'en avoir pris conscience !!!! Alors, faut-il signer avec un nom masculin (car si je suis consciente de cette discrimination, la plupart des journalistes et le gros du public ne l'est pas...)? Non, non et non, il faut tenir bon ! Même si cela est très tentant, cela continuerait hélas de confirmer la supériorité masculine...
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.