Les auteurs racontent leur Colombie : héritage littéraire et diversité

Auteur invité - 06.02.2018

Edition - International - Colombie auteurs littérature - piratage numérique Colombie - livres auteurs Colombie


En novembre dernier, Virginia de la Cruz et Nèstor Ponce de l’équipe rennaise de recherche Erimit, et l’universitaire nantais, Jean-Marie Lassus, organisaient à la faculté des Langues et cultures étrangères et celle de Rennes 2 un colloque. Colombie 2017 : identité, mémoire et représentations esthétiques en construction, offrait l’occasion de questionner les auteurs sur la situation du livre en Colombie.

 

 

 

« Dès les années soixante-dix, nous avons connu une croissance de l’industrie du livre avec la reconnaissance de l’auteur, mettant fin à une vieille tradition où celui-ci payait l’édition de ses livres et les vendait », explique l’écrivain Roberto Burgos Cantor. Et d’ajouter : « En 1968, l’État fondait un institut des cultures qui a favorisé la création de prix littéraires et l’implantation de l’industrie du livre espagnole, avec des éditeurs comme Planeta ou Santillanas. »

Aujourd’hui, les auteurs colombiens s’interrogent sur leur quasimonopole et les règles linguistiques qu’ils imposent. « Dans le même temps, souligne Roberto Burgos Cantor, cet essor a favorisé la création de maisons d’édition indépendantes ou universitaires qui jouent un rôle majeur dans la politique du livre. » Citons Babel, Laguna, Tragaluz, La Silueta... 
 

Diffusion et librairies à développer 


Pour autant, sur plus de 2500 structures éditoriales, 10 % seulement ont pour activité principale l’édition. Chaque éditeur doit organiser son réseau de diffusion, en accord avec une grande maison d’édition ou en développant une structure commerciale commune telle La Diligencia. Cette distribution à géométrie variable s’inscrit dans un contexte territorial où le nombre de librairies reste insuffisant, quelque deux cents identifiées par les éditeurs.

« Autre difficulté, souligne Roberto Burgos Cantor : “la dictature des nouveautés” qui pénalise les jeunes auteurs, peu visibles en librairie. » Le jeune poète Miguel Castillo poursuit : « Cette nouvelle génération questionne la poésie, le roman urbain, policier ou de science-fiction, et s’affranchit du chef de file de la littérature colombienne, Gabriel Garcia Marquez. » 

Près de 28.000 documents des archives
de Gabriel García Márquez en ligne

 

Entre piratage, oralité et numérique 


Un autre fléau menace l’économie du livre : « Au cours des années quatre-vingt-dix, le piratage représentait 60 % des ventes de livres », affirme Andrés Castro Roldán, maître de conférences à Rennes 2. « Même chez les étudiants colombiens, la culture du livre peine à s’imposer. » 

 

Carlos Builes, enseignant à l’Universidad Pontificia Bolivarianna de Medellin explique : « Les Colombiens appartiennent à la tradition orale. » Si le livre matérialisé souffre d’une vraie reconnaissance, « la nouvelle dictature du numérique » le fragilise un peu plus. « À Bogota, note Carlos Builes, il y a un grand nombre de bibliothèques que les usagers fréquentent pour consulter Internet, mais pas pour la fonction de la lecture. Nous devons travailler sur cet aspect. » 
 

Lecture et diversité culturelle : des enjeux


Depuis 2011, le Bureau du livre du ministère de la Culture facilite la circulation du livre à l’intérieur et à l’extérieur du pays, via les salons du livre. La Colombie est devenue le plus gros exportateur en Amérique latine. Le soutien à la lecture publique s’organise au travers d’actions de lecture, publiques ou privées. La création éditoriale destinée au jeune public de même que les œuvres de la diversité culturelle sont encouragées.

Seul bémol, constate Carlos Builes : « Nous ne sommes pas un pays indien, mais métis, et les Colombiens se croient blancs. Si des lois favorisent les communautés indiennes et noires, le racisme perdure. La littérature alternative noire s’écrit dans les territoires noirs, méconnue de l’industrie du livre. » 
 

José Alberto Gutierrez, l'éboueur qui sauve des livres et
les redonne aux plus pauvres

 

Les accords de La Havane, signés en 2016 avec les FARC, ouvrent de nouvelles voies qu’illustre la création du Musée de la Mémoire. « À présent, l’opinion publique aborde des sujets tabous. Des livres sur la guérilla sont publiés », constate Carlos Builes. « Par contre, nous devons nous saisir des questions de corruption, de l’influence socio-économique du narcotrafic. Les inégalités sont criantes. Il nous faut penser une démocratie inclusive, sinon la violence continuera. » Celle-là même qui inspire largement les écrivains colombiens. 
 

Et Carlos Builes de conclure : « La Colombie doit relever un défi : construire l’état moderne qui va de pair avec l’éducation, la lecture critique de notre réalité intellectuelle. Nous devons questionner notre identité, notre mémoire pour construire notre pays dans un dialogue ouvert avec le monde. » 

 

Christine Barbedet 


 

A lire : La Ceiba, l’arbre de la mémoire de Roberto Burgos Cantor (trad. Anne-Claire Huby), éditions Zinnia, 2017 – 20 € – 9791092948318
 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne


 


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