Les auteurs réclament des sanctions contre les festivals mauvais payeurs

Nicolas Gary - 05.06.2018

Edition - Economie - Imaginales rémunération auteur - financement festivals CNL - aides CNL auteurs


Au terme de l’édition 2018 des Imaginales, une certaine amertume restait en travers de la gorge. Au cœur du problème, la rémunération des auteurs, qui conditionne l’aide financière octroyée par le Centre national du livre. Or, les organisateurs avaient en quelque sorte accommodé un forfait qui ne respectait pas scrupuleusement les règles.


Plume pas mon auteur
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Stéphane Wieser, directeur du festival, avait expliqué la situation à ActuaLitté : « Au moment où nous avons déposé notre dossier, le CNL n’avait pas fixé les seuils que l’on connaît : ils sont apparus entre temps. » Une justification qui avait provoqué quelques frictions : le festival proposait en effet 150 € pour deux interventions. Seule une troisième intervention entraînait une nouvelle rémunération à 150 €. 
 

À l’occasion d’une table ronde, le directeur et la directrice artistique, Stéphanie Nicot, avaient amplement défendu la position de l'événement, rappelant à ce titre que « le droit d’auteur doit être la rémunération principale. Qu’on mette en place des rémunérations complémentaires, ce n’est plus un débat, mais elles ne doivent pas se substituer au droit d’auteur ». Le risque encouru étant que les auteurs se changent en animateurs socioculturels. 

 

De même, au cours de 40 minutes d’échanges, où les trois auteurs invités n’auront eu qu’une petite dizaine de minutes de temps de parole, un vieil argument revenait. Celui de la question des auteurs invités : si une manifestation doit rémunérer les créateurs pour leurs interventions, l’économie doit suivre. Et quand le budget est fixé, alors des choix s’imposent. 

 

Inviter moins, pour payer mieux, d’accord, mais dans ce cas, avançaient les organisateurs, le risque était que les jeunes auteurs soient sacrifiés sur l’autel de la phynance. Ou plus simplement, « laissés sur le bord du chemin », indiquait Stephane Wieser. 

 

Dans le cadre des Imaginales, tout auteur invité (frais pris en charge par la manifestation), accède à une table ronde et s’ensuit une dédicace. « Les livres se vendent, et cet impact économique est revendiqué », pointait Stephane Wieser. « C’est d’autant plus important pour les auteurs moins connus, et plus encore pour des premiers romans », ajoutait-il.

 

Alors, oui, inviter moins aurait des conséquences pour ces derniers. Pour autant, l’approche forfaitaire de la rémunération aménagée par les Imaginales a provoqué auprès du Conseil Permanent des écrivains, une montée de sève.

 

La règle et le jeu : un respect à géométrie variable ?


Dans un courrier adressé au président du CNL, Pascal Ory, président du CPE, demande des explications. Nous reproduisons ci-dessous le courrier dans son intégralité. 

 

Monsieur le Président


Vous avez fait adopter en 2015 une réforme importante en conditionnant le soutien du CNL aux manifestations littéraires au principe de rémunération de tous les auteurs pour leurs interventions.
 

Cette avancée, saluée par tous les auteurs, a finalement été acceptée par tous les organisateurs de manifestations. Du moins le pensions-nous, car il ne se passe plus un trimestre sans qu’il y ait un nouveau conflit entre auteurs et festivals ou salons au sujet de la rémunération des auteurs.
 

Lors des Imaginales, le week-end dernier à Épinal, les auteurs invités ont découvert que le festival allait déroger aux règles du CNL en ne rémunérant pas toutes les interventions. La réforme adoptée en 2015 est pourtant parfaitement claire : chaque auteur doit, sans avoir à le demander, être rémunéré pour chacune de ses interventions au tarif minimum indiqué sur le site du CNL.
 

C'est évidemment le tarif en vigueur sur le site à la date du dépôt du dossier de demande qui fait foi. Aussi, le reproche qui est fait aux Imaginales n'est pas celui de ne pas avoir appliqué la grille 2018 – alignée sur les tarifs de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse – dont ils ne pouvaient en effet avoir connaissance en 2017, mais de ne pas avoir respecté la grille 2017, et plus grave encore d’avoir considéré la réforme de 2015 comme facultative.

Certains auteurs ont ainsi dû annuler publiquement les conférences que le festival refusait de rémunérer, d’autres ont dû accepter cette règle de forfait mise en place par le festival lui-même, contrairement aux principes du CNL.

“Le cas des Imaginales n'est toutefois pas un cas isolé”


Demander et obtenir la subvention du CNL pour une manifestation littéraire, c’est accepter le principe clair et explicite de la réforme de 2015. De nombreux festivals, comme Les Imaginales, ont vu leur budget du CNL augmenter pour accompagner cette nécessaire réforme.

 

Le cas des Imaginales n'est toutefois pas un cas isolé, de nombreux auteurs nous remontant leurs difficultés à se faire rémunérer par certaines manifestations littéraires subventionnées par le CNL. Ce fut encore récemment le cas avec le festival Étonnants Voyageurs.
 

Les organisations signataires de ce courrier demandent au CNL la mise en place au plus vite d'un groupe de travail chargé d'établir les moyens de contrôler, en amont et en aval d'une manifestation littéraire, que les conditions d'obtention d'une aide du CNL sont bien respectées, s'agissant en particulier des règles fixées par le conseil d'administration quant à la rémunération des auteurs, règles qui sont – faut-il le rappeler ? – totalement incontournables.

Au même titre que l'attribution ou non d'une aide à un festival, le contrôle a posteriori du respect des conditions d'obtention de cette aide fait partie des missions du CNL.
 

À l’heure où la précarisation et les inquiétudes des auteurs n’ont jamais été aussi fortes, où leur avenir économique et social est, comme vous le savez, plus incertain que jamais, nous ne pouvons accepter de voir certains organisateurs de festivals continuer de percevoir des montants d'aide conséquents du CNL tout en se jouant des principes édictés par ce même CNL et donc de participer à la fragilisation de la situation des auteurs.
 

Les organisations d'auteur seront toujours aux côtés du CNL pour veiller à l'application stricte et sans compromis d'une réforme emblématique.

 

Payer les auteurs, “un danger pour la manifestation”,
estiment les salons

 


Selon nos informations, la mairie avait été interrogée sur la rémunération, et encouragée à s’aligner sur les conditions du CNL. Manifestement, le maire Michel Heinrich (Les Républicains) avait considéré que « les auteurs protestataires n’étaient pas suffisamment nombreux pour qu’il revienne sur sa décision ».

Aucun mouvement pour 2018, donc, et ce constat un peu désabusé que formulait un auteur : « Il nous a manqué une solidarité plus forte sur le coup : la mairie n’aurait rien rétorqué, si nous avions été plus mobilisés. »
 

Nous attendons une réaction du Président du CNL, Vincent Monadé, qui sera publiée dans un prochain article. 

mise à jour 17h15 : 

Vincent Monadé a apporté de nombreuses précisions dans un entretien accordé à ActuaLitté : « Ce 19 juin, je vais proposer au CA du CNL de modifier le règlement des aides de façon à spécifier que la grille tarifaire du Centre est strictement applicable pour toute rencontre. Cela nous permettra de demander un remboursement à toute structure qui ne respecterait pas cette condition. Nous contrôlerons l’exécution des budgets de rémunération des auteurs. »

 

Festivals : le CNL introduit un contrôle strict de la rémunération des auteurs
 




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.