Les autorités fédérales américaines se penchent sur les “éditeurs-prédateurs”

Antoine Oury - 01.09.2016

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L'autorité responsable du droit de la consommation aux États-Unis, la Federal Trade Commission (FTC), annonce l'ouverture d'une enquête sur les « éditeurs-prédateurs » avec le dépôt d'une plainte contre l'éditeur de revues scientifiques et académiques OMICS Group et deux de ses filiales. La FTC leur reproche des services mensongers, ni plus ni moins, qui coûtent très chers aux auteurs qui souhaitent être publiés dans une revue en open access.

 

Scales of Justice

(North Charleston, CC BY-SA 2.0)

 

 

L'éditeur cité ne serait pas le seul dans cette catégorie : les « éditeurs-prédateurs » se seraient multipliés au cours des dernières années. Le mode opératoire est assez simple : contactés par des chercheurs et des universitaires qui cherchent à publier leurs travaux en open access, ces éditeurs facturent différents services, alors même que le travail éditorial effectué est inexistant.

 

« On sentait bien que personne n'avait jamais contrôlé ce secteur. À présent, nous le faisons », explique Ioana Rusu, avocate au sein de la FTC. 

 

OMICS serait un véritable cas d'école : basé à Hyderabad, en Inde, le groupe publierait environ 700 journaux en open access, et disposerait de plusieurs filiales, qui gèrent elles-mêmes de nombreuses publications. Pour ajouter au flou sur les tarifs et les services, certaines revues open access adoptent un nom proche de celui de revues légitimes, pour ajouter à la confusion.

 

Parmi les autres manœuvres malhonnêtes de OMICS, la FTC a relevé l'absence d'informations aux auteurs quant aux paiements de frais de publication, la publicité mensongère ou encore l'utilisation de noms de chercheurs qui n'ont aucun lien avec les titres du groupe OMICS.

 

Au sein de la communauté des chercheurs, certains sonnaient l'alarme depuis un moment : Jeffrey Beall, bibliothécaire à l'université du Colorado, s'est ainsi « spécialisé » dans le relevé de ces offres mensongères. « Les tentatives des consommateurs pour faire retirer leurs articles sont fréquemment rejetées, les empêchant ainsi de publier leurs articles dans d'autres revues », explique encore la plainte de la FTC.

 

Le groupe OMICS assure avoir « transmis toute la documentation et relevé les faits auprès de la FTC. Leurs accusations sont sans fondement si l'on se réfère à ces faits et à ces documents » a commenté un porte-parole d'OMICS après la publication de l'article de Inside Higher Ed.

 

Un business juteux, mais crapuleux

 

Si l'enquête permettra de faire le point sur les activités d'OMICS, la FTC se prépare à de longs mois de travail : une étude publiée par la Hanken School of Economics, en Finlande, estime que les « éditeurs-prédateurs » ont publié 420.000 articles en 2012, contre... 8 fois moins en 2010. Autant dire que ce type d'activités est très lucratif.

 

La technique utilisée par la FTC sera l'intimidation : l'agence compte s'attaquer aux plus gros acteurs du secteur, afin de dissuader les plus petits.

 

Bien entendu, l'agence recommande aux universités de faire de la prévention en évoquant ces risques avec les chercheurs.

 

Toutefois, la FTC ne se risque pas à prendre position dans le débat entre open access et publication traditionnelle dans les revues : « Nous pensons que tous deux peuvent être menés d'une manière claire, saine, légale et ouverte. Ce avec quoi nous avons un problème, ce sont les gens qui profitent de l'open access pour arnaquer les gens. »

 

C'est clair ?