Les autorités tunisiennes assurent toujours la censure

Clément Solym - 24.05.2012

Edition - International - Tunisie - Printemps arabe - censure


Plus d'un an après le départ de Ben Ali, tandis que le gouvernement se démène toujours entre relance démocratique - touristique ? - et attitude biaisée, parfois faite de petits arrangements avec la vérité. Si le parti islamiste Ennahdha, élu en octobre dernier, s'est allié à deux formations centristes pour former son gouvernement, sa politique culturelle ne s'autorise aucune compromission : il y a des limites à la liberté d'expression.

 

La censure en Tunisie a récemment fait les titres de la presse, avec le film de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, Persepolis, condamné par les autorités tunisiennes et qui a valu à la chaîne ayant osé diffuser le long-métrage une amende, plutôt amère. (voir notre actualitté) D'autant plus que la diffusion remonte à l'ère Ben Ali, et que la sanction survient bien après son départ. En Orient, rien de nouveau ?

 

 

 

Pour beaucoup de Tunisiens, la censure a seulement « changé de forme » : du bâillonnement politique, elle est passée à une obsession pour le respect religieux, s'imaginant des blasphèmes envers le prophète à chaque coin de page. « Depuis la révolution, nous n'avons connu aucun problème pour importer des livres », reconnaît même Adel Hajji, libraire à Tunis. « Mais quand nous avons importé Moi, Mohamed, Esclave Moderne de Mohamed Kemigue, tous les exemplaires ont été confisqués par le Ministère de l'Intérieur pendant une semaine, avant de nous être rendus » explique Hajji, qui estime que les autorités n'y ont trouvé aucun propos offensant à l'encontre du prophète Mohamed.

 

L'autocensure fait aussi des ravages, à l'image du livre Isra' and Mi'raj, de Fredj Ben Romadhan, qui devait être publié par l'Université de de Sfax avant que cette dernière n'y renonce, de peur des représailles. Pourtant, l'ouvrage n'était « en aucune façon une distorsion de l'Islam. Il s'agissait plutôt d'une mise en perspective différente, littéraire et académique d'un fait historique » juge Adel Hajji.

 

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« La façon la plus commune de justifier la censure consiste à se cacher derrière des explications selon lesquelles le livre pourrait nuire à l'ordre public, ou bien qu'il est contre notre culture et nos croyances... » explique Abdessatar Zaafrani, avocat tunisien, qui dénonce le remplacement, ou plutôt le maintien sous tutelle des autorités judiciaires par les autorités étatiques.