Les avis d'Amazon et les blogs ont déchu les critiques littéraires de leur statut

Clément Solym - 01.09.2016

Edition - International - critique littéraire internet - conseils lecture internet - blogs Amazon recommandation


Les écrivains ont décidément la forme, en cette période de retour à la vie active. Lev Grossman, auteur américain – à succès, par ailleurs – occupe également un emploi de critique de livres, pour le Time Magazine. Selon lui, il n’existe pas de bons livres – c’est en tout cas l’idée qu’il a souhaité défendre lors de son intervention au Festival of Dangerous Idéas, prévue le 3 septembre...

 

 

 

« Le principe fondamental qui a structuré notre univers littéraire depuis des siècles, c’est que certains livres sont bons et d’autres sont mauvais. Certains une vraie valeur et d’autres non. Et cette idée tombe en ruine », assure Lev Grossman. 

 

Et son propos est précis : « Il n’y avait que très peu d’autorités qui décidaient ce qu’il importait [de lire] et elles étaient critiques ou universitaires. Maintenant, en grande partie du fait d’Amazon et des blogs, nous sommes passés à des millions et de millions de voix [qui critiquent]. »

 

Autrement dit, les gens autorisés à penser, dans les milieux adéquats, ne sont plus seuls à avoir voix au chapitre. Et pour appuyer son propos, Grossman poursuit : « Tout roman classique a des centaines de commentaires avec une étoile, qui disent combien les livres sont mauvais. » 

 

Une perspective qui a d’ailleurs changé sa propre manière d’aborder son métier de critique littéraire. « Quand j’ai commencé, je disais qu’un livre était bon ou mauvais. Maintenant, je me reprends en disant que JE le trouve bon ou mauvais. J’ai conscience que mon opinion ne reflète que ma propre expérience. » 

 

L’approche est salutaire, bien éloignée de l’attaque en règle – quoique très ironique – qu’Anthony McGowan avait lancée. Pour lui, 90 % de la littérature Young Adult, c’est de la merde.

 

Avec 200.000 romans publiés chaque année aux États-Unis, les lecteurs doivent trouver plus qu’ailleurs les outils pour opérer des choix et différencier ce qui est susceptible de leur plaire.

 

Lev Grossman se sait d’ailleurs privilégié : fils d’écrivain universitaire, et lui-même diplômé de Harvard, il est un produit de la création littéraire. Il réside à Brooklyn et son épouse, originaire d’Australie, est une romancière et universitaire travaillant à Princeton. 

 

Mais à l’âge d’Amazon et de Goodreads, le réseau de lecteurs américain – propriété d’Amazon, en passant – le choix des livres à conseiller semble échapper aux professionnels. On pourrait aborder la question de la même manière, en France, avec le réseau Babelio et ses quelques 40.000 chroniqueurs réguliers de livres : autant de lecteurs qui peuvent apporter des avis variés et riches.

 

Chroniquer les 645 romans de la rentrée, le défi Babelio

 

 

Le meilleur exemple d’une démocratisation de la littérature, ajoute-t-il, réside dans le fait que l’on parvient à honorer et célébrer des auteurs marginalisés par le passé. « Des femmes, bien sûr, et des gens de couleur, ou de milieux sociaux différents. Les gens auteurs de mon âge sont très différents de ceux de la génération plus ancienne. »

 

via SMH