Canada : des bibliothécaires dénoncent le racket des exemplaires numériques

Antoine Oury - 30.06.2015

Edition - Bibliothèques - bibliothèques - ebook - Canada


L'idée d'un prêt numérique au sein des bibliothèques s'installe tranquillement dans le monde entier, mais les professionnels de l'information et de la documentation font désormais face à un autre problème, de taille. Le modèle choisi pour la mise en place du prêt numérique est très majoritairement celui d'une cession de licences, limitées dans le temps. Des fichiers qui ne sont jamais vraiment acquis, donc, et surtout, des prix défiant toute vraisemblance.

 

The Iliad & The Odyssey

De vrais livres d'or, ces ebooks (Alan Strakey, CC BY-ND 2.0)

 

 

« Les gens sont assez choqués lorsqu'ils réalisent combien payent les bibliothèques pour des ebooks », souligne Roxanne Toth-Rissanen, directrice des bibliothèques publiques de Sault Ste. Marie, dans l'Ontario, au Sud du Canada. Ses établissements et quelques autres, agacés par le « racket » des éditeurs, et particulièrement des multinationales, ont monté un site web, http://www.fairpricingforlibraries.org/, dénonçant les prix des ouvrages en numérique.

 

Exemples à l'appui : Not That Kind of Girl, de Lena Dunham, chez HarperCollins, 15,99 $ en prix public, 85 $ facturés à la bibliothèque. The Burning Room, de Michael Connelly, Little, Brown and Company, 14,99 $ en prix public, 106 $ facturés à la bibliothèque.

 

Les exemples se suivent et ne se ressemblent que trop...

 

Pour saisir toute la mesure du problème, il faut se souvenir que ce modèle de licence laisse les pleins pouvoirs à l'éditeur, au travers d'un système contractuel qui le laisse seul pour définir le prix de l'ouvrage en numérique, mais également les droits attachés à ce paiement. En échange, la bibliothèque pourra prêter le livre 5 fois, 10 fois, avec ou sans prêts simultanés... Et à partir d'un certain nombre de prêts, le fichier disparaît, et doit être de nouveau acquis par l'établissement.

 

« Pour faire court, nous devons utiliser plus de ressources financières pour proposer ce service à notre communauté et, en fin de compte, nous ne possédons même pas le titre en question », déplore Roxanne Toth-Rissanen. Difficile de comprendre ces tarifs si élevés, à moins que les éditeurs aient fait un rapide calcul, en multipliant le prix d'un exemplaire papier par le nombre de prêts numériques possible, le tout sur un fond de crainte de piratage ou de cannibalisation des ventes. Sauf que les établissements publics payent la facture, avec des moyens réduits.

 

Le système de licences ne prévoit par ailleurs aucun contrôle sur les conditions contractuelles : un éditeur pourra librement faire bondir les prix — Hachette a essayé, c'est passé — ou réduire le nombre de prêts possibles, à sa guise. Ce modèle plutôt délétère vis-à-vis d'une politique patrimoniale ou d'une politique de lecture publique est pourtant en vigueur pratiquement partout, France en tête avec le système Prêt Numérique en Bibliothèque, PNB, géré par Dilicom.

 

Les professionnels et Julia Reda, notamment, dans son rapport sur une réforme du droit d'auteur européen, appellent de leurs vœux la mise en place d'un droit de prêt numérique, similaire au droit de prêt papier, avec rémunération des auteurs et des éditeurs, mais le système de licences reste opérationnel un peu partout. 

 

Jusqu'à l'internationale des bib' ?