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Les bibliothécaires investis contre les fake news : trouver les sources fiables

Clément Solym - 09.02.2017

Edition - Bibliothèques - internet fake news - informations réseaux sociaux - rumeurs informations


Le traitement des fausses informations – savoir trier le bon grain de la rumeur pourrie – n’appartient pas qu’aux algorithmes des réseaux sociaux. Que les intelligences artificielles de Facebook et consorts fassent leur part, fort bien. Mais l’humain reste encore le meilleur filtre, comme le démontrent les bibliothécaires.

 

Eccentric Exits Strange but True

Paul Townsend, CC BY ND 2.0

 

 

Récemment, Facebook et Google ont annoncé qu’ils amorceraient des dispositifs destinés à contrer la diffusion de fausses informations. Huit médias sont intégrés dans la boucle, pour éviter que les alternative facts, comme les propage Donald Trump, ne se répandent trop vite. Cet investissement en France se retrouve à travers différentes initiatives.

 

Plusieurs opérations menées par des bibliothécaires aux États-Unis visent justement à éduquer le regard des étudiants – et potentiellement internautes. Dans une époque où la publication d’un billet prend quelques minutes, la vérification de la justesse des informations est plus que nécessaire.

 

Déjà à l’université de Washington, deux enseignants ont annoncé la création d’une nouvelle classe, qui portera sur la manière dont les fake news sont communiquées.

 

Réagir au buzz que génère les fake news

 

Mais à l’école secondaire de Lakeside, à Seattle, c’est la bibliothécaire qui a pris les choses en main. Outre la gestion de son catalogue, elle Janelle Hagen propose un cours spécifique : Digital Life. Deux fois par semaine, elle prend en charge les élèves pour les former à la reconnaissance des informations justes, du reste de ce qui est publié.

 

On passe en revue tout ce qui est possible : publicité, native advertising, propagande, articles d’opinion, satire, infos authentiques. Les élèves sont confrontés à des articles, et charge à eux de trouver dans quelle catégorie il faut ranger leurs lectures. Et surtout, apprendre à se forger un regard.

 

Son projet, la bibliothécaire l’a monté « à cause de tout le buzz sur les fausses news. Vous pouvez regarder dans Google Trends et les recherches autour de Fake News sont sans précédent. C’est notre travail, en tant qu’enseignants de nous occuper de ce qui se passe dans le monde », explique-t-elle à Seattle Times.

 

Et si les bibliothèques ont toujours aidé à mettre en relation les usagers avec les documents les plus pertinents, l’évolution du métier bascule maintenant sur la vigilance à mettre en œuvre avec internet.

 

Sources fiables ou trompeuses ? L’important est de tout d’abord distinguer ce qui est une opinion de ce qui est un fait confirmé, avéré. Un premier pas, primordial.

 

Le Décodex des Décodeurs

 

Dans cette perspective, il faut signaler en France l’éclosion du Decodex, outil proposé par le journal Le Monde, financé notamment par le fonds d’aide à la presse de Google. Le Décodex propose différentes solutions pour s’assurer qu’une source d’information est fiable, ou pas. Un moteur d’analyse propose de découvrir les publications crédibles, et celles dont il faut se méfier, ou lire au second degré.

 

 

 

Cinq niveaux de fiabilité sont définis, et s’accompagnent d’une série de conseils pratiques, d’un bot Facebook pour passer les parutions au crible, et ainsi de suite — jusqu’aux extensions pour les navigateurs.

 

La communauté citoyenne, ou l'exemplaire Wikipedia

 

Le collectif SavoirsCom1 a salué le projet, insistant sur l’importance de l’évaluation de la qualité de l’information, tout en notant son intérêt pédagogique. Avec un ou deux bémols : « L’éducation à l’information ne peut pas être accaparée par un seul journal, aussi légitime soit-il, alors que de nombreux acteurs (bibliothécaires, journalistes, professeurs documentalistes, enseignants, modérateurs, etc.) détiennent des compétences en la matière et pourraient mettre en commun cette culture informationnelle. »

 

Et de proposer que ce modèle de vigilance face aux fausses informations prenne alors plutôt la forme d’une « communauté citoyenne ». Et de préciser : « La qualité de l’information constitue un Commun, qui nécessite en tant que telle une gouvernance par les communautés qui la construisent et l’entretiennent. Le collectif SavoirsCom1 invite donc à considérer la question sous l’angle des Communs de la connaissance. »

 

À ce titre, faut-il encore le rappeler, l’encyclopédie Wikipedia compte parmi les projets de mutualisation parmi les plus fiables jamais mis en place sur la toile. La vérification des articles est au cœur de son fonctionnement – l’objectivité inhérente au système encyclopédique est bien là. Ce qui n’empêche pas la présence d’erreurs, mais l’implication de la communauté est suffisamment forte pour arriver à les modifier dans des délais très raisonnables.

 

Parmi les pistes que dégage SavoirsCom1, on notera l’importance que les outils de vérification de fiabilité soient effectivement vérifiables, mais également « que les règles de contribution et de régulation soient clairement énoncées et toujours susceptibles d’être mises en discussion ».