“Les bibliothèques ne doivent pas en savoir plus que nécessaire sur leurs usagers”

Antoine Oury - 18.01.2016

Edition - Bibliothèques - bibliothèques vie privée - informations usagers


Début janvier, le Graduate Center de l'université de New York a décidé de supprimer toutes les archives concernant les prêts inter-bibliothèques (PIB), et donc les demandes de documents effectuées par les usagers. Pas seulement ménage de printemps anticipé, cette suppression cherche à minimiser les informations conservées sur les usagers, dans le respect de leur vie privée.

 

Vie privée

(g4ll4is, CC BY-SA 2.0)

 

 

La mesure de « purge » — c'est le terme utilisé — a bien entendu un rapport avec les questions de vie privée, de liberté d'opinion et d'expression que les États-Unis et le reste du monde ont redécouvert avec bonheur, suite aux révélations sur la NSA ou à l'état d'urgence post-attentats terroristes. Le Graduate Center a annoncé qu'il ne conserverait désormais que les archives à partir de 2013, et qu'il adopterait, si possible, des archives glissantes, avec seulement un an d'ancienneté.

 

Ces archives concernaient les prêts inter-bibliothèques (PIB), c'est-à-dire les demandes de documents conservés au sein d'autres établissements. « Auparavant, on pouvait trouver une liste de tout ce que vous aviez demandé dans le cadre des PIB », rappelle Beth Posner, responsable des ressources à l'université de NY. « Ce changement de politique est motivé par l'idée que les bibliothèques ne devraient pas conserver plus d'informations sur leurs usagers que nécessaire. »

 

Polly Thistlethwaite, bibliothécaire en chef, assure que ce changement garantit une confidentialité plus importante aux usagers : il y a quelques années, un officier de police lui avait réclamé plus d'informations sur certains emprunteurs de livres astrologiques. Il avait dit rechercher... le tueur du Zodiaque.

 

Ces listes étaient particulièrement surveillées par les autorités, puisqu'elles impliquent qu'un usager soit tellement intéressé par un ouvrage qu'il effectue une telle démarche. Sauf qu'évidemment, beaucoup d'entre eux se tournent vers les PIB parce que le document leur est indispensable, dans le cadre d'une recherche universitaire ou autres.

 

Peu après les révélations sur la NSA, des bibliothécaires préoccupés par le respect de la vie privée invitaient les établissements à rejoindre le réseau Tor et ses logiciels sécurisés, pour garantir la sécurité des données des usagers. Outre l'archivage de ces données confidentielles, la plupart des connexions Internet, dans les bibliothèques françaises, bloquent les accès à de nombreux sites, quand les fast-foods sont totalement dénués de ce type de restrictions...

 

(via The Guardian)