Les bibliothèques toutes désignées pour l'éducation numérique

Antoine Oury - 28.08.2014

Edition - Bibliothèques - bibliothèque illettrisme - numérique technologies - formulaires administratifs


Le sujet avait été évoqué par la ministre de la Culture sortante, et sera probablement repris par Fleur Pellerin, rue de Valois : si les technologies sont devenues un élément central de la citoyenneté moderne, la fracture numérique fait courir le risque d'inégalités entre les Français. Outre-Atlantique, les bibliothèques ont acquis un véritable statut d'éducateur numérique, ce que certains veulent développer dans les établissements.

 

 

Blue screen of ... Envisionware.

(Jeffrey Beall, CC BY-SA 2.0)

 

 

En mars dernier, une étude du Pew Research Center faisait date dans le métier, en affirmant que 30 % des Américains étaient des usagers réguliers de leur bibliothèque publique de proximité, quand 70 % avaient recours de manière plus ou moins fréquente à leurs services. Par ailleurs, la même étude rapportait que les usagers des bibliothèques se classaient dans la catégorie des technophiles, avec 95 % d'entre eux connectés à Internet, contre 86 pour l'ensemble des Américains.

 

Difficile d'en tirer un lien de cause à effet, mais la place des bibliothèques dans l'éducation numérique est en train de devenir centrale, dans le système américain. Le passage de l'administration et de ses formulaires dans un monde dématérialisé exige en effet un accès simple, et un usage accessible, des technologies adoptées.

 

Kevin Morgan, président et directeur exécutif de ProLiteracy, un organisme de lutte contre l'illettrisme des adultes, a appelé dans une tribune à une hausse des moyens mis à disposition des bibliothèques pour atteindre cet objectif d'égalité d'accès. « Pourquoi les bibliothèques ? Parce qu'elles proposent toutes (99,3 %) un accès public à un ordinateur et à Internet, et parce que plus de 87 % des bibliothèques proposent des formations à la technologie », explique-t-il.

 

À l'heure où 80 % des formalités précédant un emploi sont réalisées en ligne, souligne-t-il, 39 % des adultes américains dépourvus de diplôme n'utilisent jamais Internet. De fait, les moyens de formation disponibles en ligne sont très peu utilisés par cette même catégorie d'usagers : seulement 9 % d'entre eux, utilisateurs d'Internet, suivraient une formation en ligne.

 

D'après Morgan, « environ 36 millions d'Américains ont besoin de services et de ressources » pour pallier leur illettrisme ou leur alphabétisation défaillante. Avec la Bibliothèque publique du comté d'Onondaga et le Bureau pour l'alphabétisation de l'American Library Association (ALA), son organisation ProLiteracy a donc lancé un agenda, sorte de guide pour améliorer ou introduire les services pro-alphabétisation en bibliothèques, particulièrement sur le volet numérique.

 

Les compétences professionnelles des bibliothécaires leur permettent d'assurer cette mission, qui fait aussi partie du service public. Mais l'aspect « assistance » associé aux nouveaux rôles des bibliothèques a également fait l'objet de critiques, outre-Atlantique ou dans l'Hexagone, pour sa propension à changer le professionnel de l'information en tâcheron administratif, contraint de remplir les déclarations d'impôts ou les curriculum vitae des usagers.