Les bibliothèques, un outil essentiel pour “ressouder les liens” après la crise

Antoine Oury - 25.05.2020

Edition - Bibliothèques - bibliotheques malik diallo - ADBGV malik diallo - reouverture bibliotheques


Fermées au public pendant deux mois, les bibliothèques françaises se remettent doucement de la crise sanitaire liée au coronavirus, mettent en place des services de retrait de commandes, et préparent le retour progressif des usagers dans les locaux. Malik Diallo, président de l'Association des directrices et directeurs des bibliothèques municipales et groupements intercommunaux des villes de France (ADBGV), revient avec nous sur les enjeux de la période.

jardin peuplé - août 2013

 

ActuaLitté : L'ADBGV a-t-elle des données sur les situations des établissements de prêt français pendant le confinement ? (volume d'agents en ASA, mise en place de services comme le portage ou le drive...)


Malik Diallo : Nous ne disposons pas à ce stade de statistiques précises, mais la tendance est l'ouverture de beaucoup de services « drive », qui se mettent en place progressivement depuis le 11 mai. 
 

Quelle est la position de l'ADBGV sur le plan de réouverture mis en œuvre par le gouvernement pour les bibliothèques ?


Malik Diallo : Nous sommes en accord avec le document « Aide pour la reprise d'activité et la réouverture au public des bibliothèques territoriales », qui est issu du travail concerté entre associations professionnelles et Ministère de la Culture. 

Si l'annonce fin avril de réouverture possible des bibliothèques dès le 11 mai a au départ surpris, le travail en concertation a permis d'élaborer une réouverture progressive des services dans la majorité des bibliothèques. Le point positif de cette chronologie, c'est d'avoir souligné l'utilité politique, sociale et culturelle des bibliothèques, leur rôle moteur et de proximité dans une approche de la culture au quotidien. Mais nous pensons que ce rôle-là ne peut être effectif que dans un cadre de confiance, tant pour les usagers que pour les personnels. D'où l'idée d'avancer progressivement, en rouvrant les bibliothèques d'abord par les contenus, accessibles à distance.

Ces services à distance sont les seuls qui ont pu être maintenus pendant le confinement. Certains publics les ont découverts à cette occasion. Nous avons constaté une augmentation énorme (4 à 500 % en moyenne) de leur fréquentation).

La prochaine étape sera maintenant de rouvrir les lieux : ils sont essentiels comme outils d'appropriation culturelle, de la simple lecture aux pratiques collectives. Pour dépasser la seule fonction limitée de « banque de contenus », qu'il est possible de rendre par le drive, l'ouverture du lieu doit aller au-delà d'une simple ouverture de porte avec accès limité aux étagères. Comment ouvrir un lieu qui soit vraiment social, c'est-à-dire invite à aller et venir en liberté, à discuter, à créer du contact, du faire ensemble et de la convivialité, quand ce sont précisément ces aspects qui ont été malmenés par les exigences sanitaires ? C'est ce sur quoi nous travaillons, pour offrir des espaces à haute valeur ajoutée et expérience culturelle, même en période de crise. 
 

Quelles sont les difficultés rencontrées par les directeurs pour préparer la phase 2 du plan de réouverture ?


Malik Diallo : Nous travaillons actuellement à la préparation de cette phase, avec l'ensemble des associations et le Ministère, notamment pour aider à définir des jauges maximales de fréquentation, permettant de garantir le respect des distanciations physiques recommandées. Il s'agit aussi de « prioriser » les usages, en tenant compte des contraintes sanitaires et des besoins de la population. Par exemple, nous cherchons des solutions pour proposer au public des accès aux outils informatiques, aux connexions internet. C'est un usage important des bibliothèques. 
 
Les difficultés rencontrées en ce moment sont, comme dans beaucoup de secteurs, la création rapide de nouveaux services, la mise en œuvre des conditions nécessaires à la reprise du travail  : équipements, ménage, organisation du temps de travail en présentiel et du télétravail, lien avec les équipes...
 

Comment garantir une égalité entre les agents et les établissements, dans la mesure où la collectivité est responsable, y compris financièrement, des moyens fournis aux agents pour assurer leur sécurité ? Toutes les collectivités pourront-elles assumer ces dépenses, et ces dernières ne risquent-elles pas d'entamer les budgets des établissements ?


Malik Diallo : Pour ce qui est de la visibilité budgétaire, la période est en effet assez floue et s'annonce difficile dans les collectivités.  

Des aides du Ministère de la Culture devraient permettre en partie de soutenir les budgets des établissements, en apportant un concours financier pour les acquisitions notamment ; ce qui permet aussi de soutenir le réseau des librairies, auprès desquelles les bibliothèques se fournissent. Un exemple parmi d'autres qui montre également que la vitalité des bibliothèques est aussi un outil de vitalité économique pour ses partenaires de la chaine du livre, de la médiation et de la création artistique. 

Il nous faudra aussi continuer de démontrer l'utilité sociale et aussi plus généralement de contribution des bibliothèques au bien-être de la population. En ces temps de sortie progressive de crise, c'est loin d'être anecdotique : après une telle rupture de liens que constituent le confinement et la crise, nous avons tous besoin de ressouder ces liens. Les acteurs culturels et les bibliothèques sont un des outils pour cela. 

Photographie : Bibliothèque Louise Michel, Paris (photo d'illustration, bibliothèque Louise Michel, CC BY 2.0)


Commentaires
Aucun service de drive ne remplacera jamais une bibliothèque ou une médiathèque ouverte au public.

Et ici l'expression un peu nébuleuse dans ce contexte d'«appropriation culturelle» -simplement le fait de se cultiver,d'étendre sa culture si j'ai bien compris ?- est utilisé dans un sens justement laudatif alors que les démineurs éditoriaux (une censure «soft»-et encore- mais sans limites précises, gare aux dérives et aux pressions innombrables et je plains les éditeurs et auteures et auteurs !)doivent traquer toute appropriation culturelle à terme...

L'article d'Antoine Oury sur les démineurs éditoriaux soit les «sensitivity

readers» à la française.

Qui me donne froid dans le dos...

Iront-ils traquer les livres répréhensibles selon les nouveaux critères dans les médiathèques et bibliothèques ?

Pourquoi pas les DVD, CD (y compris les pochettes) etc.?

CHRISTIAN NAUWELAERS
les BIB lieux prioritaires d'appropriation culturelle et de sociabilité ? laissez moi rire (jaune). Ne venez plus me parler du manifeste de l'UNESCO et autres chartes.

à Paris 6 bM ouvriront peut-être, en service hyper dégradé, dans un mois au mieux ! les autres ... après l'été probablement. Et encore sans accès aux ordinateurs, etc . La continuité des services publics ? l'importance d'être ouverts à tous les publics ? on oublie .

Tout cela pour des raisons de pseudo prudence, quand on me dit qu'il faut laisser les livres "reposer" pendant 10 jours, je me demande où on a trouvé cela ! et pourquoi dans ce cas ne pas commencer de suite à reprendre les livres et DVD et autres supports, ils auraient 3 semaines, le temps de se reposer avant l"ouverture le 15 juin non ?

On nous propose de l'électronique avec flicage maximum ! Non merci.

Et comme toujours les 13 millions (chiffre du défenseur des droits ce jour) de personnes éloignées du numérique iront se rhabiller ou NE PAS LIRE.

Le décrochage scolaire a de beaux jours devant lui. Vous avez dit fracture sociale et culturelle ? en tout cas les BM ne facilitent pas la réparation .

Ce n'est pas en ne travaillant pas ainsi que l'on regagnera des lecteurs !
Bonjour,



Pourriez-vous vous renseigner, s’il vous plaît, avant de poster des commentaires ?

Il y a des études scientifiques qui se sont attachées à observer la persistance du virus sur les superficies.



G. Kampf et al., Persistence of coronaviruses on inanimate surfaces and their inactivation with biocidal agents, Journal of Hospital Infection 104 (2020) (janvier 2020),

https://www.journalofhospitalinfection.com/article/S0195-6701(20)30046-3/fulltext



N. van Doremalen et al, Aerosol and Surface Stability of SARS-CoV-2 as Compared with SARS-CoV-1, New England Journal of Medicine, April 2020, 382(16): 1564-1567;

https://sfar.org/aerosol-and-surface-stability-of-sars-cov-2-as-compared-with-sars-cov-1-2/



Les sources françaises et les préconisations pour les bibliothèques, sont facilement accessibles.



Cordialement,
Entièrement d'accord ! Et c'est encore pire côté bibliothèques universitaires... Les étudiants commencent à s'organiser pour réclamer des ouvertures de salles, c'est important pour ceux qui n'ont pas de bonnes conditions de travail à la maison. Mais le personnel des universités n'a pas l'air très motivé à les soutenir.

Ne nous parlez plus jamais du "rôle social des bibliothèques", c'est en tant de crise que cela se prouve, ou pas.
Il faudrait revoir la communication de ce nouveau service qui permet au public de réserver/d'aller chercher ses réservations que trop de bibliothèques appellent "Drive":



Définition du mot Drive : "Commerce auquel on accède uniquement en voiture ou qui permet de récupérer des achats à l'aide d'une voiture."



Lui préférer "Click and Collect" ou "Prêt à emporter" qui correspondent réellement au service proposé!
Drive, click anc collect, et pourquoi ne pas le dire en français ? Dans le public éloigné, il y a aussi ceux qui ne se sentent pas légitimes, ne maitrisent pas les codes, ont une compréhension un peu flou du "Drive" et du "click and collect". Et qui ne poseront pas la question, de peur de passer pour des idiots, et de se voir ainsi confirmer qu'ils n'ont pas les codes et ne sont pas légitimes.
Tout à fait d'accord avec Velay...en espérant que ces termes,même francisés,deviennent marginaux au sein d'un service à nouveau normal et satisfaisant !

Faisant oublier une dégradation calamiteuse comme celle-là...

CHRISTIAN NAUWELAERS
En attendant une réouverture plus "normale", le public est bien content de pouvoir accéder à des ressources par le biais de ce service; n'en déplaise aux insatisfaits de nature!
N'en déplaise aux ronchons, certaines bibliothèques ont rouvert leurs portes, et notamment leurs espaces informatiques

https://www.livreshebdo.fr/article/des-mediatheques-adaptent-leur-offre-de-services
Oui, c'est notre cas, nous avons réouvert avec des règles strictes, très bien suivies par le public. Nous accueillons une personne à la fois, ou un parent et un enfant, il y a un sens de circulation, masque obligatoire, etc...Je comprends que le drive ou click and collect soit un pis-aller, toujours bon à prendre, et que chaque établissement fait au mieux avec ses contraintes...Il me semble que c'est plus facile de ré-ouvrir de petits établissements. Bon courage à tous et toutes.
"Faisant oublier une dégradation calamiteuse comme celle-là..." entiérement d'accord avec vous, M. Nauwelaers.

Bien cordialement,

Velay Chloé.
Nous aussi nous avons rouvert le 12, petite structure, 10 personnes max, 1 personne/famille, gel, masque obligatoire. pas de rush sur les services numériques mais un peu plus de réservations. Les livres sont désinfectés (couverture) et mis 3 jours en quarantaine.
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