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Les bibliothèques, “vecteurs incontestables d’égalité”

Laurène Bertelle - 25.07.2017

Edition - Bibliothèques - bibliothèque communauté - bibliothèque socialisation - accès culture


De tous les lieux culturels, la bibliothèque publique est celui qui contribue le plus au bien-être de la communauté locale. C'est ce qu'ont prouvé les différentes études du Arts Council England publiés le 19 juillet dernier. Les principaux constats sont que la bibliothèque est perçue comme un lieu sûr, neutre et égalitaire où les usagers de tous horizons peuvent se retrouver et avoir accès à une culture et une connaissance gratuite, adaptée et diversifiée.


Bibliothèque Robert Desnos Montreuil

ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Au Royaume-Uni, un tiers de la population a fréquenté une bibliothèque durant l’année passée. Fort de ce constat, l’Arts Council England (organisme public non ministériel) a lancé quatre différentes études sur les bibliothèques publiques et en a publié les rapports le 19 juillet.

 

Parmi les quatre documents, trois se concentrent sur l'influence des bibliothèques publiques sur les communautés locales. L'un, en particulier, étudie le rôle des bibliothèques dans le « place-shaping », un terme utilisé pour désigner les acteurs locaux qui ont à cœur de comprendre les besoins d’une communauté et qui utilisent leur influence et compétences pour créer des lieux où il fait bon vivre, où les gens ont envie de vivre et travailler, tout en participant à la création d’une identité locale.

 

Les deux autres rapports ont pour sujets respectifs la contribution des bibliothèques au bien-être des personnes âgées et les bibliothèques en tant que « community hubs », carrefours communautaires. Pour chacune des études, environ cinq bibliothèques sont choisies pour leurs actions et leurs idées en lien avec le sujet. 

 

Un lieu accessible à tous

 

Le premier constat est que la bibliothèque est un vecteur incontestable d’égalité. Elle accepte et permet un accès à la culture pour toutes les catégories de la population, quel que soit leur âge, leur classe sociale ou leur origine ethnique. 

 

Bien plus que les autres lieux culturels, la bibliothèque est représentative de la population d'une communauté. Ceux qui ont le moins de moyens financiers, ou qui vivent dans des zones défavorisées, sont souvent ceux qui participent le moins aux activités culturelles et artistiques, comme aller à des concerts, au musée ou au cinéma. À une exception près : la bibliothèque. Là, la fréquentation ne varie pas selon le niveau socio-économique de la population.

 

Car la bibliothèque n’est pas seulement ouverte, mais accessible à tous. À ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter des livres, elle propose une collection d’ouvrages consultables gratuitement sur place, sans aucune contrepartie. « La bibliothèque est l’un des seuls endroits où l’on peut entrer et commencer à apprendre sans aucune forme d’engagement, sans avoir à s’inscrire ni à être interrogé sur le but de sa visite », confirme le rapport.

 

La bibliothèque se fait aujourd'hui également de plus en plus accessible aux personnes en situation de handicap, grâce à de nouvelles normes rendues obligatoires par la loi. 
 

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Un chemin vers la connaissance et la croissance

 

L’étude démontre également comment les bibliothèques permettent la croissance économique d’une communauté. Cette croissance est « inclusive », c’est-à-dire qu’elle touche tous les pans de la population.

 

Tout d’abord, grâce à une collection diversifiée, la bibliothèque permet à chacun d’augmenter ses compétences et connaissances quel que soit son niveau, de la littérature pour enfants aux livres destinés aux entrepreneurs. En apportant un accès à la culture et à la connaissance, la bibliothèque ouvre aussi des opportunités professionnelles aux usagers. 

 

Par ailleurs, bien souvent, les bibliothèques adaptent leur collection en fonction des besoins des usagers, mettant donc à disposition des connaissances spécifiques à la communauté et au lieu, à sa situation économique et sociale. Dans les bibliothèques de Peterborough et Leicester par exemple, la priorité est donnée à l'éducation des tout-petits et à la préparation à l'école, pour « aider les familles des quartiers défavorisés à donner le meilleur départ possible à leurs enfants ».

 

Un vecteur de socialisation

 

Enfin, la bibliothèque est un lieu où les gens se rencontrent et partagent. La troisième étude menée par l’Arts Council la considère même comme un community hub (littéralement, carrefour communautaire), lieu central où l'on retrouve des activités et des services locaux, accessibles pour la communauté, qui rassemblent et accueillent toutes les populations. Parfois, les bibliothèques sont placées dans des centres communautaires, aux côtés d’un musée, d'une salle de sport ou d'une salle de spectacle, ce qui permet de regrouper des offres et de populations d'autant plus diverses.
 

Bibliothèques : le troisième lieu
“consiste à privilégier la relation humaine”

 

Ce rôle de socialisation est particulièrement important pour les personnes âgées, auxquelles l’Arts Council dédie d’ailleurs une étude particulière, mettant en exergue la nécessité de s'adapter à ce public grandissant, puisque d'ici 2039, la part des plus de 75 ans pourrait doubler au Royaume-Uni.

Ainsi, l'étude présente les actions de différentes bibliothèques qui proposent des activités de groupe, ou des formations à l'informatique à la bibliothèque de Kent par exemple, pour éviter l'isolement et redonner un sentiment d'indépendances aux personnes âgées. 

« Les bibliothèques ont toujours été des pôles pour les activités de groupe, mais pour les personnes âgées, cela représente plus qu’un simple loisir, c’est parfois la seule possibilité pour elles d’être au contact des autres », explique le rapport.

Tous ces différents rôles des bibliothèques publiques contribuent donc au bien-être général des communautés, qui en échange les considèrent comme des « lieux sûrs, neutres, et de confiance », car « libres de tout programme politique ou idéologique et de toute motivation économique, et où les usagers n’ont pas à craindre le jugement des autres. »