Les brouillons d'Hemingway : de nouvelles fins pour L'Adieu aux armes

Clément Solym - 06.07.2012

Edition - Société - Ernest Hemingway - brouillons - Adieu aux armes


L'écrivain se démystifie à juste titre : qui a dit que l'on écrivait d'une traite aussi parfaitement ? Qui a cru que l'auteur lançait sa plume sans accroc au rythme d'une histoire qui se construit sans détour ?

 

 

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Crédit Flickr Bruce Tuten

 

 

Certes, il y a un « juste milieu » dans les étapes d'un livre qui s'invente à tâtons. Hemingway fait fort en la matière : l'auteur avait admis, dans une interview dans la Revue de Paris en 1958, avoir réécrit 39 fois les dernières lignes de son roman de 1929 L'Adieu aux armes « avant d'être complètement satisfait » (The New York Times). Aujourd'hui le New York Times rapporte que son éditeur Scribner publie une nouvelle version de l'œuvre qui comportera ses 47 brouillons, en vérité. Des manuscrits inédits, qui n'ont jamais été disponibles pour le grand public.

 

Ces fins multiples sont donc considérées comme faisant partie intégrante de la tradition littéraire de l'écrivain et de l'œuvre éminente d'Ernest Hemingway. Vu comme un témoignage sur le travail de l'auteur, son petit fils Séan soutient le projet de Scribner :

 

« Je pense que les gens qui s'intéressent à l'écriture et veulent eux-mêmes devenir écrivains trouveront intéressant de regarder un travail génial et d'avoir un aperçu sur comment cela a été fait. », rapporte le New York Times.

 

L'éditrice de Scribner, Susan Moldow, y voit aussi un autre intérêt, plus économique sous couvert d'une revalorisation de l'image d'Hemingway : « C'est un des auteurs les plus importants de l'histoire américaine. Heureusement ou malheureusement, l'on doit continuer à le remettre au goût du jour ou alors les gens y perdront tout intérêt. »

 

Les fins alternatives sont regroupées en annexe dans un livre qui comptera 330 pages. Le New York Times nous livre quelques-uns de ces fascinants aperçus qui dévoilent comment le roman aurait pu conclure sur une note différente :

 

La fin numéro 1 se conclut ainsi :

« C'est tout ce qu'il y a à dire de cette histoire. Catherine meurt et je vais mourir et c'est tout ce que je peux vous promettre. »

 

La fin numéro 7:

« Il n'y a pas de fin à part la mort et la naissance est le seul début. »

 

La fin 34 venait d'une idée de Fitzgerald selon qui le monde « casse tout le monde » et « ceux qu'il ne casse pas il tue » : « Il tue le très bon et le très doux et le très courageux subjectivement. Si vous n'appartenez à aucune de ces catégories vous pouvez être sûr qu'il vous tuera aussi, mais sans se presser. »

 

Hemingway écrivait d'ailleurs à son éditeur en 1943, que Fitzgerald « a voulu que je change la fin pour son idée idiote et j'ai refusé », confie le NYT. Reste au lecteur de ne pas remettre en cause la réelle fin de l'auteur …

 

L'édition revisitée est le fruit d'un accord entre les ayants droit d'Hemingway et Scribner, qui appartient maintenant au leader Simon and Schuster. Elle délivre aussi une série de titres du roman qui aurait pu s'appeler L'Amour en temps de guerre ou Des cicatrices et des autres causes, ainsi que des copies de manuscrit d'Hemingway. Une manière de souligner le processus de travail de l'auteur, sans ordinateur, avec des notes manuscrites et des passages barrés.

 

« Ils donnent un aperçu de la façon dont Hemingway pensait », a déclaré Patrick Hemingway.