Les budgets de bibliothèques accaparés par le numérique

Clément Solym - 12.08.2013

Edition - Bibliothèques - prêt d'ebooks - bibliothèques américaines - budgets de fonctionnement


Une fois encore, la question du prêt de livres numériques en bibliothèques pose problème. Alors que les budgets et les financements des établissements sont assurés par les États, et que ces derniers diminuent, la demande est croissante de la part des usagers. Le Sun Sentinel fait un point sur le sujet, avec un article qui montre combien les budgets d'acquisition sont littéralement aspirés par cette demande.

 

 

 Sony Reader

 Sutherland Shire Libraries, CC BY SA 2.0

 

 

Ainsi, dans le comté de Palm Beach, le budget de 300.000 $ pour les ebooks a doublé chaque année depuis 2009. Dans celui de Broward, en 20011 597.000 $ étaient dépensés, contre 750.000 $ l'année passée. Et la demande a quadruplé en l'espace d'une année. 

 

Pour faire face, treize établissements se sont fédérés l'année passée, pour partager les catalogues et diminuer les coûts. On compte 17000 titres disponibles pour l'ensemble des bib, et 16.000 prêts recensés l'année passée. 

 

Or, la grande difficulté est de parvenir à obtenir plus d'argent pour constituer un catalogue plus important encore. Une croissance qui ne cessera pas : plus l'offre augmentera, plus les usagers réclameront de nouveaux titres. Avec toujours la problématique des achats directement auprès des éditeurs, qui facturent les titres selon différentes politiques. Un roman de James Patterson peut être vendu pour 70 ou 80 $... largement au-dessus de ce que coûte un livre papier. 

 

Intervenant la semaine passée sur cette question, Jamie Larue, directeur des bibliothèques du comté du Douglas County n'y allait pas par quatre chemins : « Dans un marché libre, les entreprises sont libres de fixer leurs prix. Mais nous sommes aussi libres de chercher de meilleures affaires - et nous en avons trouvé une. Au lieu d'accepter passivement ce qui représente une diminution de 33 % du pouvoir d'achat de la bibliothèque, nous étendrons notre réseau d'éditeurs numériques pour inclure ceux qui sont plus compréhensifs devant nos besoins et nos budgets. »

 

L'une des alternatives évoquées serait d'ouvrir les budgets d'acquisition aux auteurs indépendants, faisant perdre aux éditeurs traditionnels les millions de dollars dépensés annuellement pour l'achat de leurs nouveaux titres. À travers tout le pays, les bib achètent environ 10 % des ouvrages publiés par toutes les maisons, et même 40 % dans le secteur jeunesse. 

 

Dans l'établissement de Parkland, explique le directeur, dix personnes attendent de pouvoir emprunter la version numérique du livre, mais aucune ne s'est inscrite pour la version papier. Pour Max McMillan, porte-parole de la bibliothèque du comté de Palm Beach, les conditions de vente pratiquées par les éditeurs ont abouti à des montants sidérants : chez Random House, le prix unitaire a triplé pour les bibliothèques. 

 

Difficile de suivre le mouvement, quand les budgets ne sont pas aussi extensibles que les offres des maisons américaines. En fonction des éditeurs, les conditions varient également : chez Penguin, l'exemplaire acheté n'est plus utilisable passé une année, HarperCollins limite à 26 prêts chaque livre, sans restriction temporelle, etc.