Les caricatures de Mahomet ont contribué à se "défier des musulmans"

Clément Solym - 25.02.2015

Edition - Société - Abd Al Malik - République caricatures - Charlie Hebdo


Depuis la sortie d'une longue interview dans Telerama, le chanteur et écrivain Abd Al Malik s'expose. Il vient de publier aux éditions indigènes, Place de la République, pour une spiritualité laïque. Un nouvel ouvrage qui s'inscrit dans une volonté de faire cohabiter chacun au sein du territoire français.

 

 

Abd al Malik

Simon Robic, CC BY 2.0

 

 

« Ma démarche est apolitique, au sens de partisane ou de politique politicienne. Je ne recherche pas le pouvoir et ne briguerai jamais aucun mandat. Voici simplement ma parole, celle d'un citoyen concerné, comme des millions d'autres, par le présent et l'avenir de son pays. Celle d'un artiste qui ne vit pas en périphérie, mais en plein milieu d'une douleur que seule la fraternité véritable pourra guérir », explique Abd Al Malik dans ce nouveau livre.

 

Dans sa vision de la France, il confiait à l'AFP que l'épisode des caricatures de Mahomet représente un « acte démocratique par excellence », en ce que leur publication incarnait la liberté d'expression. Mais selon lui, elles ont « clairement contribué à la progression de l'islamophobie, du racisme et de la défiance envers tous les musulmans ». 

 

La discrimination dont les musulmans sont victimes – alors même que le chanteur revendique sa confession musulmane – remonte de toute manière à une période bien antérieure à celles des caricatures. « Dans les faits, la République ne nous traite pas tous comme ses enfants », souligne-t-il. La banlieue de Strasbourg, Neuhof, où il a grandi, serait l'un des exemples de cet abandon. 

 

Et de déplorer que l'islam, qui est la deuxième religion en France, est insultée, déconsidérée et « systématiquement caricaturée » dans le pays. « Revaloriser l'islam en tant que spiritualité est la meilleure façon de lutter contre l'intégrisme », insiste-t-il. 

 

Ce racisme, il l'évoquait également lors d'un passage lors de la cérémonie des Césars : il affirmait que, suite à sa présence sur la couverture de Télérama, plusieurs abonnés avaient renoncé au journal, « parce qu'il y avait un noir en couverture ». 

 

Il ajoute, durant l'émission Le Grand journal, de Canal + : « Je suis heureux d'avoir été aux César parce que, symboliquement, me voir de cette manière-là, ça permet d'ouvrir les esprits. J'espère en tout cas... Pas assez suffisamment parce qu'il y a des gens qui se sont désabonnés. Mais j'espère qu'en lisant le livre, ils vont se réabonner. » Télérama a souhaité répondre

 

Dans un entretien accordé à ActuaLitté, pour son premier roman, La guerre des banlieues n'aura pas lieu, il expliquait déjà : « Certains messages que l'on peut lire dans la presse reflètent d'abord les peurs de ceux qui les écrivent. L'islam, c'est 98 % de sunnites et 2 % de chiites. Ceux qui sont en Iran, dans une théocratie très fermée. Mais ils ne représentent pas le plus grand nombre. En revanche, des messages comme celui de la campagne de Le Pen sont horribles. Et plus horrible encore le manque de réaction des politiques, voire de ceux qui flirtent avec l'extrême droite. Ces comportements n'ont pour seule intention que la visée électoraliste. Il faudrait que certains relisent Alain, et comprennent tout le sérieux de la politique. »

 

Des propos que l'on retrouve dans son entretien : « L'islam est avant tout une spiritualité, au même titre que le judaïsme ou le christianisme. L'islam aussi est fondé sur l'amour de l'autre. C'est d'ailleurs une religion judéo-chrétienne, qui reconnaît la Torah, la Bible, et que Jésus était le dernier prophète avant le Prophète de l'islam. Nous avons besoin de pédagogie, d'émissions qui décryptent, éduquent au lieu d'attiser les conflits. »

 

Retrouver Place de la République, en librairie