Les cinémas MK2 investissent (dans) la Bibliothèque nationale de France

Clément Solym - 16.11.2011

Edition - Bibliothèques - Marin Karmitz - Nicolas Sarkozy - cinéma MK2


Voilà un lièvre qui aura tout juste eu le temps de sortir de son trou : Marin Karmitz, qui est à l'origine des cinémas MK2, vient d'obtenir du président de la République le renouvellement du bail de sa salle située près de la Bibibliothèque nationale de France. Mais ce n'est pas tout.


C'est en effet, comme le précise Marianne, que le sieur Karmitz a reçu des mains du président d'autres menus avantages : quatre nouvelles salles, estampillées art et essai, directement dans la BnF. Une « concession avantageuse et sans appel d'offre du domaine public » commente d'ailleurs Paris Culture sociale.

 

Comment cela est-il possible ? Eh bien, c'est fort simple : il aura suffi à la société MK2 Vision d'injecter 7 millions €, voire peut-être 8 millions €, destinés à la rénovation du hall de la BnF, entre autres. Avec pour contrepartie, l'absence de redevance durant le quinquennat.

 

 

Or, ce n'est que fin septembre que les syndicats ont découvert cet accord, présenté durant le conseil d'administration. Et ce, alors que l'architecte Dominique Perraut avait déjà été consulté pour envisager ce projet. Une convention qu'ils dénoncent, bien évidemment, attendu que, pour la CGT, s'il y a lieu de trouver un accord et un partenaire, cela devrait se faire en priorité avec la Cinémathèque de Bercy.

 

Ce sont donc 2048 m² qui seront attribués à MK2 Vision, précise Bibliothèques en lutte, FSU. « Nous ne comprenons pas l'argument selon lequel la visibilité de la BnF puisse être accrue par l'opération à venir quand, à cause, sans doute, de la construction du pavillon MK2, la directrice générale annonce l'installation coûteuse – cette fois à nos frais – de deux parois de verre de 14 mètres de hauteur nous signalant de loin". Nous constatons que c'est surtout la visibilité du partenaire commercial qui s'en trouvera augmentée ! »

 

Bruno Racine : "Il n'y a pas eu de cadeaux faits."

 

Joint par téléphone, Bruno Racine, président de la Bnf, a apporté quelques précisions à 'ActuaLitté' sur le sujet. C'est que, depuis la construction de la BnF, le côté Est ainsi qu'un volume enterré étaient « destinés à une activité commerciale, mais ces aménagements n'ont jamais été réalisés ». En outre, la BnF souhaite modifier l'entrée principale, aujourd'hui « peu visible et dissociée de l'entrée handicapés », ajoute le président.

 

Voilà quelques années, des projets avaient été envisagés avec des architectes, mais faute de crédit et de budget, ils n'avaient alors pas abouti. « Dans une période de pénurie budgétaire, il nous a alors semblé que passer par un financement privé pour concrétiser les deux points évoqués était le plus judicieux. Cette solution nous permet de mener à bien le projet de déploiement commercial, encore une fois, envisagé dès la création de la BnF, mais également la rénovation de l'entrée, qui intégrera l'accès pour les personnes handicapées. Or, je tiens à préciser qu'il y a bien eu un appel d'offres public, avec plusieurs approches, mais une seule proposition ferme, qui a été formulée par la société de M. Karmitz. »

 

 

La réalisation de la nouvelle entrée, d'un coût de 7,3 millions € HT, sera donc assumée par l'investissement de la société MK2 Vision. « Il n'y a pas eu de cadeaux faits, et la société paiera une redevance à la BnF. Enfin, cette décision entre en accord avec les partenariats public/privé, et je rappelle que l'occupation d'un espace public par un concessionnaire privé existe : c'est le cas au Grand Louvre par exemple. D'ailleurs, l'installation d'un cinéma d'art et d'essai rejoint la dimension culturelle de la Bibibliothèque. »

 

Et de conclure que la mairie de Paris a même encouragé cette décision, pour un aménagement urbain « qui pourra être exemplaire, avec une nouvelle entrée qui, elle, sera spectaculaire », assure Bruno Racine. Ce réaménagement sera également l'occasion pour l'architecte, Dominique Perraut, de poursuivre son travail, en améliorant la réalisation.

 

Karmitz et Sarkozy, de longue date

 

Marin Karmitz avait été catapulté au Conseil de la création artistique, sur nomination expresse du président lui-même. Et Nicolas Sarkozy s'en était par ailleurs nommé président de fait.

 

Et ce n'est qu'en avril dernier, après deux années d'exercice que le Conseil aura finalement été dissout, non sans que le président ait salué le travail accompli et « chaleureusement remercié Marin Karmitz et tous les membres du Conseil de leur engagement personnel et bénévole dans cette expérience et souhaité, au terme de celle-ci, que les pistes ainsi défrichées soient désormais poursuivies et approfondies par le ministère de la Culture ».

 

L'intéressé avait alors souligné que le Conseil n'avait pas vocation à être pérenne et n'avait qu'un aspect purement expérimental. « C'est une décision prise en commun entre le président et nous parce qu'on considérait que nous avions terminé vraiment notre mission et que nous ne pouvions pas engager d'autres projets sans les mettre en péril », expliquait alors Marin Karmitz.

 

Mais le monde artistique n'avait pas spécialement apprécié le travail réalisé par le Conseil...