Les Contes de Grimm, édulcorés pour s'adapter au marché

Antoine Oury - 17.11.2014

Edition - International - frères Grimm contes - éditions violence meurtre - horreur version jeunesse


Blanche-Neige, Cendrillon, La Belle au Bois Dormant, Les Musiciens de Brême... En plus de faire le marché du livre jeunesse depuis des décennies, les frères Grimm ont alimenté les scénarios de Disney et de ses succès. Leurs histoires ont déjà été abordées par le biais de la violence qu'elles véhiculaient, permettant à l'enfant de se confronter à des peurs viscérales. Mais les éditions actuelles sont déjà bien plus édulcorées que les versions originales...

 


Over the Hill and Through the Woods

(Rachel.Adams, CC BY-ND 2.0)

 

 

Les Contes de Grimm interdits aux plus jeunes : les presses universitaires de Princeton publient la version non expurgée des histoires parmi les plus célèbres du monde occidental. Cette version correspond à la première, publiée par les frères Grimm en décembre 1812. Les contes sont alors clairement destinés aux adultes, et particulièrement sanglants.

 

6 éditions seront publiées au total, entre 1812 et 1850, comprenant 160 contes que les frères modifient au fur et à mesure pour s'approcher des goûts des lecteurs. La septième édition des Contes de l'enfance et du foyer, comme le signale le titre plutôt explicite, est clairement destinée aux plus jeunes, et les frères ont mis de l'eau dans leur vin. De nombreuses critiques avaient suivi la publication des deux premiers volumes, déjà présentés sous le titre Contes de l'enfance et du foyer.

 

Certaines histoires n'ont pas fait long feu dans le recueil, jugées simplement horribles par les quelques lecteurs. Comment les enfants se sont amusés à se massacrer (Wie Kinder Schlachtens miteinander gespielt haben) enchaîne ainsi un égorgement d'un enfant par son frère, pour jouer, vengé par la mère qui poignarde son enfant en plein cœur, tandis que son dernier fils se noie, sans surveillance, dans son bain. La mère elle-même se suicide par pendaison, et le mari, trouvant sa maison remplie de cadavres, se laisse finalement mourir.

 

Autre changement de taille : dans les premières versions de certains contes, dont Hansel et Gretel ou Blanche-Neige, les mères, et non les belles-mères, condamnaient leurs propres enfants à des sorts peu enviables. Dans les éditions ultérieures, les frères Grimm eux-mêmes décideront de changer l'identité des commanditaires, parce qu'ils « considéraient la maternité comme sacrée ».

 

Jack Zipes, professeur émérite d'allemand à l'université du Minnesota, estime que cette mauvaise presse attribuée à la belle-mère viendrait de la situation familiale courante au XIXe siècle : de nombreuses mères mourraient en donnant naissance, et la belle-mère épousée par le veuf, généralement plus jeune, entrait en conflit avec les filles du premier mariage.

 

Enfin, précise le professeur, de nombreuses expressions chrétiennes furent ajoutées aux dernières versions des contes, pour mieux convenir à l'occupation française suite aux victoires napoléoniennes et à la protection française contre l'Autriche. Celle-ci s'acheva autour de 1813, mais l'influence avait eu le temps de s'exercer sur la prose des frères Grimm.

 

(via The Guardian)