Liberticide ou non, l'Algérie adopte le projet de Loi sur le livre

Clément Solym - 05.05.2015

Edition - Justice - Assemblée nationale - Algérie livre - Nadia Labidi


En séance plénière, les députés de l'Assemblée populaire nationale ont voté le projet de loi que portait la ministre de la Culture Nadia Labidi, en présence de son homologue des Relations avec le Parlement, Khelil Mahi. Une quarantaine d'amendements, et l'ensemble des articles passés en revue, pour aboutir à l'adoption du texte. 

 

 

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Crédit APN

 

 

Critiquée, mais adoptée, la Loi sur le livre de la ministre devrait donc apporter de meilleures conditions de travail pour les professionnels. Cependant, Nadia Labidi a assuré qu'elle prendrait en compte les considérations et observations formulées, même en marge des discussions parlementaires. 

 

Le texte s'articule autour des 62 articles et des 11 amendements adoptés, qui structureront désormais le marché. Nadia Labidi assure que « que le projet de cette loi vise à mettre en place une stratégie efficace afin de développer le secteur du livre à travers la mise en place d'un cadre à caractère législatif qui sera orienté pour encadrer toutes les activités liées à la production et à la distribution du livre ». 

 

Les règles qui seront instaurées et les mécanismes de régulation, autant que la création d'un « équilibre des relations entre les différents intervenants dans les activités et le marché du livre », en seraient les piliers. 

 

Par ce biais, le gouvernement manifeste sa volonté de soutien dans la promotion du livre et de la lecture, assure l'Assemblée, tout en garantissant aux professionnels des règles prenant en compte les spécificités du secteur. 

 

Il s'agit dès lors d'« organiser le livre numérique en le vendant à travers le système électronique, placer le livre accessible à tous à travers tout le territoire national en développant les procédés d'accès aux livres scientifique, technique, et d'encourager et d'inciter le livre et les écrivains en Algérie ». 

 

Le groupe parlementaire FFS, Front des Forces socialistes, n'en dénonce pas moins une loi « liberticide venue pour encadrer et contrôler, non pour réglementer ». Une opération permise par le fait que « sont soumises à autorisation les activités d'édition, d'impression, les importations de livres, les bibliothèques privées, les dons de livres étrangers, les livres religieux, les livres scolaires, les achats de livres hors wilaya, les marges bénéficiaires des distributeurs et éditeurs, l'organisation de salons et foires du livre ».

 

En effet, en vertu de l'article 9, « les activités d'édition, d'impression et de commercialisation du livre s'exercent dans le respect de la Constitution et des lois de la République, de la religion musulmane et des autres religions, de la souveraineté et de l'unité nationale, des exigences de la sécurité et de la défense nationale, des exigences de l'ordre public, de la dignité de la personne humaine et des libertés individuelles et collectives ».

 

Algérie Presse Service indique que le texte contient certaines recommandations essentielles : « Le livre ne doit pas faire l'apologie du colonialisme, du terrorisme, du crime et du racisme. Le livre destiné aux enfants et aux adolescents ne doit comporter aucun écrit ni aucune illustration de nature à porter atteinte à leur santé morale ou à leur sensibilité. » 

 

De même, la tenue de manifestations, foires et autres salons sera soumise à l'approbation du ministère de la Culture. La Chambre haute du Parlement devra encore examiner le texte avant qu'il n'entre en vigueur.