Les dangers d'une publicité laissée à la seule charge de l'auteur

Julien Helmlinger - 30.03.2015

Edition - Les maisons - Campagne publicitaire - Marketing - Auteure - Janet Kelly


Pour la publication de son premier livre Dear Beneficiary, l'auteure Janet Kelly a organisé sa campagne promotionnelle qu'elle estime à hauteur de 200.000 £, du jamais vu selon son agent littéraire. Le titre est paru le 19 mars chez l'éditeur indépendant Cutting Edge Press, qui se réjouit forcément d'une auteure aussi volontaire. L'indépendance laissée à l'auteur en matière de publicité, arrivée dans l'édition traditionnelle après l'autopublication, laisse pourtant craindre des inégalités de taille.

 

Sur les réseaux, Janet Kelly assure elle-même la vie de son livre
 

 

Pour réaliser sa campagne, l'auteure, qui a passé 30 ans à travailler dans l'industrie des médias, a mis à profit ses relations. À renfort de troc et autres partenariats, elle s'est arrangée quelques annonces en pleine page dans des magazines et journaux, notamment dans Take a Break, le Daily Express et le Daily Star. Par ailleurs, elle a également disséminé ses affiches à l'extérieur des supermarchés. 

 

Interrogée par The Bookseller, l'auteure de Dear Beneficiary explique qu'elle était convaincue d'être en mesure d'aider de la sorte à la commercialisation de son bouquin. Elle n'ignorait pas que les dépenses publicitaires sont souvent faibles dans l'édition et en a conclu qu'elle pourrait « en tirer avantage ». Avec ses efforts, la publicité obtenue par son livre aurait coûté 200.000 £ si elle l'avait fait réaliser par un service professionnel, estime l'auteure.

 

On en conclura aussi que, lorsqu'il s'agit de faire sa propre promotion, disposer de contacts préalables dans l'industrie et pourquoi pas d'une solide réserve bancaire, est un plus, voire un point indispensable.

 

L'indépendance des auteurs sur leurs propres réseaux sociaux fait aussi son chemin en France, dans la foulée de plusieurs expériences réussies (Marc Levy, Katherine Pancol, Maxime Chattam...) et de l'autopublication. Mais cette délégation du service marketing de l'éditeur vers l'auteur ne se fait pas sans heurts :

 

« Mon premier livre a été publié par un éditeur traditionnel [Ma place au paradis, chez Robert Laffont, en 2005, NdR]. J'ai proposé des idées de marketing, de promotion, toutes mes propositions ont été refusées. L'éditeur, il vous dit qu'il sait, mais il ne fait rien. Il ne reste plus qu'à attendre que la chance tourne, un jour... On ne prête qu'aux riches », expliquait l'auteur Laurent Bettoni lors d'une table ronde sur l'auteur entrepreneur. Certes, cette situation a changé, mais les dépenses de publicité dans l'édition se réduisent toujours.

 

Quand on n'a pas de pétrole...

 

Et, en l'absence d'éditeur et de budget en renfort, assurer sa promotion est chronophage, si bien que l'écriture est reléguée en arrière-plan : au cours des trois derniers mois écoulés, Janet Kelly estime avoir consacré pas mal de temps à organiser la promotion de son livre. Elle a même admis qu'elle n'entendait « pas faire cela pour chaque livre ». Elle préfère se consacrer à l'écriture et espère à l'avenir se passer de cet exercice.

 

David Headley, de l'agence littéraire DHH, espère que « cette activité promotionnelle aidera les ventes et placera le titre devant des millions de personnes dans un court laps de temps. Ce doit être unique pour l'auteur d'un premier ouvrage ». L'éditeur Paul Swallow avait apprécié le bouquin en acceptant de le publier, mais il ne se doutait pas que son auteure allait ainsi en assurer elle-même la publicité.

 

Plutôt confiant, il espère que cette campagne va créer le buzz que mériterait l'ouvrage, et contribuer à le propulser parmi les listes de best-sellers. On comprend toute l'équivoque de cette méthode de délégation : un auteur, indépendant ou non, disposant de nombreux contacts dans le milieu de l'édition et des médias, et doté d'un solide compte en banque personnel, vendra d'autant mieux son livre. Difficile d'imaginer quelle diversité éditoriale ce mode de fonctionnement préservera.