Les dissidents de La Nouvelle Quinzaine Littéraire créent un journal en ligne

Antoine Oury - 19.01.2016

Edition - Société - La Nouvelle Quinzaine Littéraire - journal Maurice Nadeau - Patricia De Pas directrice publication


La fin de l'année 2015 a été marquée par une sévère crise au sein de La Nouvelle Quinzaine Littéraire, le journal créé par Maurice Nadeau. La direction éditoriale de la publication, soutenue par la large majorité des collaborateurs, s'opposait à la directrice de la publication, Patricia De Pas, actionnaire majoritaire à travers sa société Éditions Nouvelles. Les dissidents ont choisi de relayer leur parole critique à travers un nouveau journal en ligne, En attendant Nadeau.

 

Capture d'écran du site En attendant Nadeau

 

 

La mise en place d'une version numérique s'est imposée comme une bonne solution, pour la quarantaine de collaborateurs habitués de La Nouvelle Quinzaine Littéraire : « Certains y ont travaillé pendant 50 ans », rappelle Hugo Pradelle, responsable des relations publiques pour LNQL, et à présent pour En attendant Nadeau. « Suite à la crise, soit nous mettions fin à cette parole critique, soit nous jugions que cette parole était suffisamment importante pour qu'elle continue d'exister. »

 

Inutile de souligner quelle fut l'option choisie : la diffusion d'En attendant Nadeau est totalement gratuite, mais uniquement en ligne. « Nous sommes conscients des réalités de ce monde, et pour nos lecteurs traditionnels qui ne sont pas tous férus d'informatique, nous mettrons à disposition une version PDF qui permettra une impression facilitée », ajoute Hugo Pradelle. « Dans un premier temps, ce qui nous importait était de nous remettre au travail », ajoute-t-il, « les questions stratégiques viendront ensuite ». Étant donné que les rédacteurs de La Quinzaine n'étaient pas payés, la question économique se posera, mais plus tard, pour rémunérer certains postes.

 

Au mois d'octobre 2015, la direction éditoriale du journal — Tiphaine Samoyault, Pierre Pachet et Jean Lacoste — avait dénoncé une restructuration de La Nouvelle Quinzaine Littéraire et des orientations éditoriales reprises par la direction de la publication. « Le principe de la Quinzaine, jusqu'à présent, était celui d'une césure entre l'équipe qui fait le journal et la structure gestionnaire, ainsi qu'une indépendance éditoriale farouche, principe moteur du journal », nous expliquait alors Hugo Pradelle.

 

Les négociations entre direction et rédaction étaient toujours en cours, mais laissaient peu d'espoir pour un dénouement heureux : « Nous avons fait parvenir un mot avec démission suspensive si non acceptation de discuter certains points à la direction du journal », détaille Hugo Pradelle, « qui comprenaient l'indépendance éditoriale, la proposition d'un rédacteur en chef par le collectif des rédacteurs et contributeurs, la transparence dans la gestion du journal, l'idée que l'on soit associés aux choix stratégiques, et la rétribution du poste que j'occupais au sein de La Nouvelle Quinzaine Littéraire. »

 

Deux tentatives de médiation, l'une menée par trois médiateurs désignés et l'autre par le journaliste Olivier Postel-Vinay, ont échoué, explique Hugo Pradelle. De nombreux démissionnaires se sont alors déclarés, tandis que certains choisissaient de poursuivre leur travail avec La Nouvelle Quinzaine Littéraire sous sa nouvelle direction éditoriale. Hugo Pradelle, de son côté, a entamé une procédure judiciaire suite au non-paiement de sommes dues, accusation contestée par Patricia De Pas. « Nous verrons ce que l'avenir nous réserve, nous nous concentrons pour l'instant sur En attendant Nadeau, pour qu'il soit lu et intéressant », termine Hugo Pradelle.

 

La Quinzaine littéraire doit élargir son lectorat, il en va de sa survie.“

 

Côté Quinzaine, la directrice de la publication Patricia De Pas a publié un édito, au sein des versions papier et numérique de La Nouvelle Quinzaine Littéraire, daté du 13 janvier dernier : « Portée par la confiance qu[e Maurice Nadeau] m’avait exprimée dans ses derniers mois, je m’efforce, depuis lors, de poursuivre la Quinzaine littéraire en me souvenant de son histoire : en la rénovant », peut-on lire dès les premières lignes de ce long texte.

 

Comme Patricia De Pas le rappelle dans son texte, la situation économique de la Quinzaine a toujours été déficitaire, dès sa création, mais elle est devenue critique : le tirage atteignait les 9000 exemplaires, avec seulement 2500 abonnés et en moyenne 1500 ventes en kiosques par numéro bimensuel.

 

Pour expliquer sa restructuration du journal, Patricia De Pas évoque désormais des « turbulences » relatives à la ligne éditoriale du titre : « lettres de lecteurs déçus », « courrier du responsable d’une des plus grandes librairies parisiennes m’indiquant pourquoi il ne voulait plus diffuser notre journal (« une famille exclusive », « le népotisme qui règne au sein de votre rédaction ») », « confidences d'intellectuels attirant mon attention sur certaines formes de complaisances », l'ont conforté dans sa décision, d'après elle. Parmi les conflits d'intérêts évoqués par certains lecteurs, les activités de Tiphaine Samoyault au sein des Éditions du Seuil, en tant que conseillère éditoriale, seraient souvent revenues dans les échanges.

 

Revenant sur la crise publique qui a traversé la rédaction de LNQL, la directrice de la publication évoque « une campagne de dénigrement », et regrette l'adhésion de Jean Lacoste, « pourtant actionnaire de la NQL en tant que président de la SCLQL (Société des Contributeurs et des Lecteurs de la Quinzaine Littéraire) » à « ces hostilités déraisonnables ».

 

La Nouvelle Quinzaine Littéraire poursuivra donc ses activités, souligne Patricia De Pas, avec d'anciens collaborateurs, mais aussi « des écrivains, des chercheurs, des critiques littéraires » qui lui ont manifesté son soutien. Comme la directrice de la publication l'expliquait dans nos colonnes, son objectif est désormais de faire des étudiants de nouveaux lecteurs de La Nouvelle Quinzaine Littéraire, notamment, tout en renforçant « l'impartialité » et « la pluralité » de la rédaction.