Les doigts qui rêvent : des albums tact-illustrés accessibles à tous

Laure Besnier - 01.12.2017

Edition - Les maisons - Doigts qui rêvent - Maison édition - Aveugle Mal-voyants


Au détour d’une allée du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil (SLPJ), le stand de la maison d’édition Les doigts qui rêvent (Ldqr) attire l’œil avec ses couleurs prononcées et sa décoration en relief. Le joli nom met le chaland sur la piste; l’association édite des albums « tact-illustrés », destinés en particulier aux malvoyants et aux non-voyants. Même si elle n’est pas la seule maison d'édition à le faire, l’édition de ce genre d’albums reste rare et donc précieuse. 


ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Ldqr est une maison d’édition associative basée à Dijon et à but non lucratif. En 1994, un instituteur spécialisé, Philippe Claudet, ainsi que quatre couples de parents d’enfants aveugles et malvoyants, fatigués du manque de livres adaptés, décident de créer la maison d’édition. « Il n’y avait pas de livres, les parents et les instits en fabriquaient dans leur coin. Ils ont eu l’idée de créer cette maison d’édition pour avoir ces mêmes livres, mais en série », raconte la responsable de création à Ldqr, Solène Négrerie, interrogée par ActuaLitté.

 

(Beau) Résultat : Ldqr propose des albums illustrés, en relief et en braille. « Ce sont des livres qui sont entièrement faits à la main. On a des petits tirages, mais tout de même 200 exemplaires par titre, ce qui est énorme en termes de temps de main d’œuvre, car il y a tout à faire : la reliure, découper chaque élément, beaucoup de couture, le braille » explique Solène Négrerie. Ainsi, chaque livre est composé des mêmes modalités : texte en noir et en gros caractère — accessible donc aux malvoyants — ainsi que le braille, pour les non-voyants. 

 

L’idée de Ldqr n’est pas d’isoler les enfants déficients visuels : il s’agit de « faire des livres pour tous les enfants, mais accessibles aux enfants non voyants et malvoyants », insiste la responsable de création. Aussi, au rythme de 12 à 15 titres par ans, l’association édite des albums allant de 2 à 13 ans. 

 

Cette résolution s’exprime d’abord dans le processus de création des albums tact-illustrés. L’équipe de concepteur d’images tactiles, interne à Ldqr, adapte, au moins deux ou trois fois par an, des livres existants, le plus souvent des classiques de la littérature jeunesse. La grande difficulté réside dans les albums aux images très détaillées, faites pour des voyants. Le travail de conception consiste alors à les rendre accessibles. « Parfois, on adapte des livres dont les illustrations d’origine ont une certaine simplicité, on a presque plus qu’à les passer en matière » rassure Solène Négrerie. L’association reçoit aussi des textes, à partir desquels l’équipe crée des illustrations ou encore des maquettes déjà tactiles. L’essentiel est que toute épreuve doit être réalisable en série. 

 

Par la suite, c’est un long processus de fabrication qui attend l’équipe. Il commence par la création d’un prototype, puis l’envoi des pages à un imprimeur, pour ensuite partir pour un dépôt de braille en même temps que l’on encolle des matières sur du double-face, ou qu'on les prépare en couture. Lorsque toutes les pages reviennent, les éléments sont collés et, souvent aidé d’un relieur, il faut tout assembler grâce à une reliure en spirale ou encore en carnet. 


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Ldqr n’est pas la seule maison d’édition à produire des albums de ce type. Solène Négrerie pointe l’exemple de Mes Mains en or, une association qui crée des livres tactiles en braille, aussi présente sur le salon. Malgré tout, même à plusieurs, la variété des thèmes des livres proposés commence seulement à s’épanouir. « Même à deux, on n'arrive pas encore à aborder tout ce qui est intéressant pour l’enfant. On a tout à aborder », déclare la responsable de création. « Cette année, nous avons fait beaucoup de choses autour de la différence, beaucoup de livres à manipuler. Nous avons aussi abordé le thème de l’infiniment grand, à travers un livre sur les planètes. Auparavant, nous avions des thèmes tels que l’environnement ou les liens familiaux ». 

 

Tout en nous expliquant cela, la responsable de création nous montre différents livres qui ornent son stand ; Quatre petits points de rien du tout, qui parle de la différence, Ombre, Planète ou encore un cahier d’activité ou encore Hervé et moi, issu d’un atelier de co-conception entre des enfants non voyants ainsi que malvoyants et l’illustrateur Hervé Tullet.

 

On en vient au cœur de Ldqr, c’est-à-dire une maison d’édition qui fabrique des albums tact-illustrés avec des enfants déficients visuels ou encore avec des professionnels, bibliothécaires, libraires, instituteurs, ou familles, qui connaissent les différents enjeux de la lecture. « Ces livres c’est un terrain d’expérimentation, une nouvelle façon d’explorer, de manipuler, et en fonction des livres on voit ce qui a fonctionné ou non », résume Solène Négrerie. 

 

Le catalogue de Ldqr se trouve à cette adresse. Les livres peuvent se commander directement sur le site internet de l’association ou par téléphone.


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