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Les dossiers du FBI sur Sartre et Camus : Edgar Hoover inquiété

Nicolas Gary - 24.11.2013

Edition - Société - Albert Camus - Jean-Paul Sartre - Edgar Hoover


A compter de 1945, le premier directeur du FBI J. Edgar Hoover a mis les deux écrivains Jean-Paul Sartre et Albert Camus sous la surveillance de son bureau. Dans Prospect magazine, on découvre en effet que les deux hommes inquiétaient le directeur qui avait pris ses fonctions en mars 1935. 

 

 

Quién es quién

 

 

C'est que, tant Sartre que Camus avaient de quoi soulever des vagues d'interrogations pour le directeur du Bureau. Sartre, par exemple, avait été membre du Fair Play for Cuba Committee, association de soutien à l'île - dans laquelle on retrouvait également Lee Harvey Oswald. Il avait également protesté contre l'engagement militaire au Vietnam, et comptait parmi les personnalités remettant en cause la théorie du tireur isolé, dans la mort de Kennedy.

 

La défiance de Hoover vis-à-vis de ces deux hommes - et qui plus est, des philosophes - était grande. Philosophophobe, plus spécifiquement des étrangers, Hoover et son Bureau ont développé différentes théories concernant la pensée et les actions des deux hommes. 

 

La surveillance dont ils feront tous deux l'objet passait par des écoutes téléphoniques, et les services ont fini par conclure que le travail de Sartre était définitivement bien mystérieux. Durant un quart de siècle, soulignant les liens entre Sartre et le Che, Russell, les Black Panthers ou encore, à la lecture des différents manuscrits, le FBI conclura que ses oeuvres peuvent être considérées comme favorables au communisme. 

 

Ce qu'il est drôle de découvrir, c'est que le Bureau n'a pas lu ni Sartre ni Camus en français. Un des agents, ayant dérobé quelques notes et des agendas, « obtenus à partir d'effets personnels », au début de 1945, se plaint de ce que ses preuves... ne sont pas compréhensibles. Le « matériau est entièrement en français », déplore-t-il, et il faudra l'intervention de traducteurs pour que l'enquête puisse être lancée.

 

Dans le même temps, donc, un agent de Hoover, un certain James M. Underhill était chargé de garder un oeil sur Albert Canus (sic !), avec un nom de famille mal orthographié. Peu après la publication de L'Étranger en anglais, Camus avait été brièvement interrogé par les services de l'immigration, suite à une demande de Hoover. 

 

Communiste notoire, et membre du PCF, le FBI s'inquiétait davantage de ses activités de résistant durant la Seconde Guerre mondiale que de ses orientations politiques. Pour sa part, Camus, de retour d'une Amérique qu'il avait trouvé « déprimante », assure qu'il n'y remettra plus les pieds, après sa visite en mars 1946.




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