"Les droits d'auteur trop faibles" que Hachette verse à ses auteurs

Nicolas Gary - 30.07.2014

Edition - Economie - Amazon Hachette - économie droits auteur - vente livres numériques


Prendre les clients à partie pour s'assurer de gagner l'opinion publique est la méthode qu'Amazon continue de pratiquer. Dans une lettre ouverte publiée sur ses forums, le cybermarchand tente une fois de plus de mettre sous pression l'éditeur Hachette Book Group. Et revient, chiffres à l'appui, sur la vente des fichiers à 9,99 $, véritable source de revenus plus efficace que les 14,99 $ - semble-t-il pratiqués, sinon souhaités, par l'éditeur.

 

 

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vallilouve, CC BY NC SA 2.0

 

 

C'est tout à a fois un exercice de mathématiques niveau primaire que Jeff Bezos a fait paraître, autant qu'un cours de commerce. Mais dans le même temps, le patron de la firme fait officiellement savoir quels sont les sujets de discussion entre HBG et Amazon : le prix de vente des livres numériques. Et pour étayer ses arguments, la société affirme que « son objectif majeur » est la baisse des prix, profitable aux auteurs, éditeurs, clients et revendeurs.

 

Que ce soit 14,99 $ ou 19,99 $, ces tarifs sont « excessivement élevés pour un ebook », insiste Amazon. Et d'énumérer les différents frais qui disparaissent avec le numérique : impression, stockage, déplacement des livres, etc. Mais surtout « il n'existe pas de marché d'occasion - les ebooks ne peuvent pas être revendus comme des livres d'occasion ». Pas encore, nous glisse-t-on à l'oreille. Il faut se souvenir qu'Amazon dispose d'un brevet pour assurer la vente d'ebooks de seconde main...

 

Mais revenons à l'exercice de calcul mental : « Pour chaque exemplaire d'ebook que l'on vendrait à 14,99 $, il se vendrait 1,74 exemplaire s'il était au prix de 9,99 $ », attaque Amazon. Dès lors, 100.000 titres vendus à 14,99 $ deviendraient 174.000 exemplaires à 9,99 $. « Le total des revenus de 14,99 $ serait de 1,499 million $. Le total des revenus pour 9,99 $ est de 1,738 million $. »

 

Difficile de ne pas voir les intentions derrière les savantes opérations.

 

Pour une baisse de prix pratiquée de 5 $, soit 33 % de moins pour le client, les recettes augmenteraient de 16 %. Pour l'auteur, c'est une hausse des revenus en conséquence, et une meilleure chance d'être lu. Et pour l'éditeur, comme le revendeur, si le client paye moins, la part totale du gâteau est plus grande. 

 

Sauf qu'Amazon oublie discrètement d'évoquer les remises qu'il demande à l'éditeur sur les achats de livres numériques en gros. Exemple simple : un éditeur vend 20 $ un livre, et pour le retrouver en librairie, va concéder 50 % de remise au libraire. Ce dernier l'achètera à 10 $ et le revendra au prix qu'il souhaite - puisqu'il n'y a pas de prix unique aux États-Unis.

 

1 exemplaire tien vaut mieux que 1,74 tu l'auras ?

 

Toute la question est de savoir combien HBG accepte de pratiquer comme remise au revendeur. S'il concède 50 % pour un titre vendu à 14,99 $, il gagnera près de 7,5 $. Or, quand Apple est arrivé sur le marché, avec son fameux contrat d'agence, le revendeur ne percevait que 30 % du prix de vente, et c'est bien contre cette pratique qu'Amazon revient à la charge. 

 

La lettre dénonce d'ailleurs cette pratique, en filigrane : « Nous n'avons eu aucun problème avec les 30 % - nous avons eu un gros problème avec les hausses de prix. » Et elle n'oublie pas non plus de rappeler que l'éditeur les avait contraints à accepter ce contrat « en 2010, quand ils se sont entendus illégament avec leurs concurrents pour augmenter les prix des ebooks ». 

 

Enfin, toujours soucieux de séduire le plus grand nombre, Amazon enfonce le clou et donne des leçons de gestion : « Nous croyons que 35 % devraient revenir à l'auteur, 35 % à l'éditeur et 30 % à Amazon. » Ces fameux 30 % qui convenaient d'ailleurs tout à fait. « Nous croyons que Hachette partage une trop petite part avec l'auteur aujourd'hui, mais en fin de compte, ce n'est pas l'objet de notre propos. »

 

On pourra toujours s'interroger sur la pertinence des sanctions prises par Amazon, en empêchant les lecteurs d'acheter des livres papiers en précommande, en supprimant les remises, et en ajoutant des délais de livraison difficiles à croire, et se demander si l'intérêt est bien celui du consommateur. Dans le même temps, le prix de 9,99 $ est défendu par la société depuis toujours, ou presque.  

 

Rappelons ainsi qu'en décembre 2009, pour lutter contre le déjà fameux tarif de 9,99 $, les éditeurs Simon & Schuster et Hachette Book Group avait décidé de retarder la publication en numérique de leurs titres. Et ce, pour imposer à Amazon une politique tarifaire de prix public plus élevée. Des prix trop bas, qui mettaient à mal l'économie de l'édition, assuraient les deux acteurs.  Le positionnement idéal pour un ebook est inférieur à une édition cartonnée, mais supérieure au livre de poche », estimait alors Simon & Schuster. Et d'assurer qu'il revenait aux éditeurs de marquer le coup avant que la situation soit irréversible pour eux.

 

Drôle de monde.