Les drôles de contrats pour les freelances Condé Nast

Xavier S. Thomann - 17.01.2013

Edition - Société - Condé nast - Contrat - Droits d'auteur


Si jamais on vous propose d'écrire des articles en free-lance pour le groupe Condé Nast — ce qui est tentant quand on connaît leurs prestigieuses publications —, vous avez tout intérêt à garder vos trop bonnes idées pour vous. En effet, le contrat en vigueur aux États-Unis depuis un an permet à Condé Nast de poser une option sur les droits ciné et télé de l'article. 

 

Conde Nast HQ

Malbonster, CC BY 2.0

 

 

Le monde de la presse doit faire face à des difficultés. C'est certainement pourquoi Condé Nast a prévu un moyen de faire plus de bénéfices sur les adaptations audiovisuelles des articles, histoire d'assurer des lendemains plus faciles. 

 

Si le groupe acquiert les droits pour l'adaptation d'un article d'un journaliste free-lance, ce dernier ne recevra que la moitié de la somme issue de l'exploitation et qu'il percevrait avec un contrat normal. Il en va de même pour les bénéfices liés au droit d'auteur. Une pratique peu courante dans le monde du journalisme si l'on en croit nos confrères américains qui s'expriment sur ce sujet. 

 

Une publication sur le blog de l'association d'auteurs Author's Guild est claire à ce sujet : « Prendre les droits pour le cinéma jure avec les pratiques habituelles de l'industrie. L'éditeur compense le journaliste freelance pour son travail journalistique, pas l'éventuel film ou droits télé. » On est plutôt d'accord, même si ce n'est pas tous les jours qu'un article ou une enquête finissent aux Oscars. 

 

Toujours selon le même blog, certains auteurs auraient réussi, avec l'aide de leurs agents, à revoir les termes de leurs contrats qui impliquaient ces mesures, mais rien n'indique que c'est le cas pour tous. Les journalistes américains feraient donc bien de garder leurs coups de génie pour eux. 

 

Un agent explique au New York Times ce qu'il y a d'injuste et d'inique dans ce type de contrat : « Il n'y a aucune raison pour que mes clients, qui sont parmi les meilleurs auteurs du pays, dussent être enfermés dans cet accord qui les oblige à accepter des prix très bas et qui retire leur projet du marché. »

 

Un auteur Condé Nast qui a tenu à rester anonyme estime que cela va contribuer à accentuer la différence de traitement et de respect entre les auteurs connus et ceux qui écrivent pour les magazines du groupe de manière plus occasionnelle. 

 

Mais Condé Nast n'a pas fait les choses à la légère puisqu'elle dispose désormais d'une branche Entertainment pour s'occuper de tout ce qui relève des adaptations. Les responsables expliquent que c'est pour la bonne cause et afin de valoriser le travail de leurs journalistes. Ces derniers toutefois restent sceptiques.